Kinshasa, 25 novembre 2024- Depuis Goma, au Nord-Kivu, le ministre congolais de la Justice, Constant Mutamba, a annoncé ce dimanche 24 novembre une mesure pour le moins spectaculaire : une prime pour toute personne qui contribuerait à l’arrestation de Paul Kagame, président du Rwanda.
Qualifiant Kagame de « grand criminel », le ministre a ajouté : “Celui qui parviendra à me le retrouver recevra une prime, dont le montant sera déterminé en fonction des conditions de l’arrestation.” Cette déclaration fait écho aux tensions persistantes entre la RDC et le Rwanda, mais suscite un vif débat sur son réalisme et sa pertinence.
Certains observateurs estiment que cette annonce relève davantage du populisme que d’une véritable stratégie politique. Plusieurs critiques ont souligné l’incohérence de cette position : alors que le ministre appelle à l’arrestation de Kagame, les relations diplomatiques entre la RDC et le Rwanda restent officiellement actives, avec un ambassadeur congolais encore en poste à Kigali. Pour ses détracteurs, Mutamba semble surfer sur la colère populaire sans proposer des solutions concrètes au conflit dans l’Est du pays.
Face aux critiques, le garde des sceaux persiste et signe. Il estime que son discours est légitime et conforme à la loi : “Tous ceux qui dénoncent mes propos populistes ne précisent pas quelle loi j’ai violée. Ce sont plutôt eux qui doivent respecter la loi.” Cette posture, bien que controversée, lui permet de renforcer son image auprès de l’opinion publique congolaise, frustrée par l’inaction perçue des élites face aux agressions récurrentes à l’Est du pays.
Un populisme adapté au contexte congolais ?
Le succès de Mutamba auprès d’une partie de la population repose sur une stratégie politique bien connue : opposer le peuple à une élite perçue comme distante et inefficace. En ciblant Paul Kagame, souvent vu comme le symbole des souffrances de l’Est de la RDC, le ministre canalise la colère populaire. Cette stratégie, bien qu’efficace pour capter l’attention, détourne le débat des causes profondes du conflit, notamment les ingérences des puissances étrangères et l’exploitation illégale des ressources naturelles du pays.
Au-delà des annonces sensationnelles, ce que les Congolais attendent réellement, c’est la fin des hostilités dans l’Est de la RDC. Les populations locales, marquées par des décennies de guerre et d’insécurité, espèrent des solutions concrètes. Si les discours populistes de Mutamba trouvent un écho chez certains, ils risquent de détourner l’attention des véritables enjeux, notamment la lutte contre les puissances étrangères impliquées dans le pillage des ressources minières du pays.