Kinshasa, 22 juillet 2025- Les discussions autour de la restauration de l’autorité de l’État dans les zones occupées par la coalition rebelle AFC/M23 alimentent les divergences entre les signataires de la Déclaration de principes adoptée récemment à Doha. Ce texte, censé ouvrir la voie à un accord de paix global, suscite déjà des interprétations contrastées quant à la manière de rétablir l’administration publique dans les territoires sous contrôle rebelle.
De retour de Doha, le Vice-premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a tenu à clarifier la position du gouvernement congolais. Selon lui, restaurer l’autorité de l’État signifie rétablir l’administration civile, accompagnée de la force publique, dans les zones autrefois occupées. « La restauration de l’État se fait à travers la mise en œuvre des attributs du pouvoir public dans les entités… Il va falloir redéployer toute cette administration et principalement avec l’attribut de la force publique qui est la police nationale », a-t-il expliqué.
Jacquemain Shabani a par ailleurs indiqué que ce processus sera pleinement détaillé dans l’accord de paix final. « Tout cela doit faire l’objet d’un processus… L’accord de paix va détailler, décliner le processus de la restauration de l’autorité de l’État », a-t-il précisé, en soulignant l’importance d’un cadre structuré et planifié pour cette opération.
De son côté, la coalition rebelle AFC/M23 propose une lecture sensiblement différente de ce même principe. Pour Bertrand Bisimwa, coordonnateur adjoint du mouvement, il ne s’agit nullement d’un retrait militaire, mais plutôt d’un accompagnement pour renforcer l’État. « Il ne s’agit pas de retrait mais des mécanismes de capacitation de l’État le rendant à même d’assumer ses prérogatives, obligations », a-t-il affirmé.
La Déclaration de principes elle-même stipule que le retour de l’autorité étatique doit découler d’un accord de paix solide et global. Les signataires s’engagent ainsi à définir, dans le futur accord, les modalités et le calendrier de cette restauration, considérée comme l’un des piliers fondamentaux du processus de stabilisation du pays.
Concernant les populations déplacées, le document précise que leur retour doit être volontaire, sécurisé et digne, en conformité avec le droit international et l’accord tripartite entre la RDC, les pays d’asile et le HCR. Il s’agit d’une étape essentielle pour refermer durablement le cycle de violence et de déplacement.
Le texte accorde également une place importante à la Monusco et aux mécanismes régionaux, appelés à soutenir la protection des civils et la mise en œuvre effective du cessez-le-feu. Ces acteurs joueront un rôle clé dans le mécanisme de vérification qui accompagnera le processus de paix.
Ce climat reste toutefois tendu, car la signature de cette Déclaration intervient alors que Kinshasa accuse toujours l’AFC/M23 et son allié présumé, le Rwanda, de renforcer leurs positions militaires, notamment autour d’Uvira, dans le Sud-Kivu. Une situation qui fait craindre une nouvelle escalade, malgré les engagements pris à Doha.
