Kinshasa, 15 novembre 2025- Lors d’une discussion captivante sur le thème « De la décolonisation à la crise actuelle : défis et perspectives pour la RDC et l’Afrique », le professeur Florimond Muteba Tshitenge, figure de proue de l’ODEP, a mis en lumière l’idée que seule une véritable renaissance africaine, basée sur une autonomie culturelle, économique et politique forte, peut permettre une émancipation réelle.
Selon lui, bien que la décolonisation ait marqué un tournant important dans l’histoire africaine, elle n’a pas réussi à éliminer complètement les systèmes hérités du passé. Il souligne avec force que « l’histoire politique et économique du Congo depuis son indépendance est celle d’une autonomie bafouée », ajoutant que « depuis 1960, notre pays avance sous le poids d’une domination moins visible, mais tout aussi impitoyable… ».
Le conférencier a insisté sur le fait que les mécanismes de domination actuels utilisent des moyens plus subtils. Il observe que le néo-colonialisme emploie « des outils plus discrets, mais tout aussi efficaces : des dettes financières, des accords injustes et une mainmise sur nos ressources ». La RDC, paradoxalement riche en ressources, en est l’exemple le plus frappant.
Dans cette optique, Muteba a souligné la contradiction vécue par le pays, résumant ce paradoxe avec une phrase percutante : « Nous avons gagné le droit d’avoir un drapeau, mais pas encore celui de décider de notre propre avenir ». Il estime que la situation sécuritaire dans l’Est du pays confirme la profondeur du problème, qualifiant ces violences de « génocide silencieux ».
Pour lui, cette crise dépasse largement les enjeux locaux. Il affirme clairement que « ce n’est pas un simple conflit local, mais un pillage économique et géostratégique, organisé pour contrôler le coltan, le cobalt et l’or qui alimentent les industries du monde ». Il dénonce également le « silence coupable » d’une communauté internationale qui, selon lui, laisse cette tragédie se poursuivre.
Muteba a également évoqué l’accord RDC-USA conclu via le Rwanda, qu’il perçoit comme un exemple de stratégie de domination indirecte : « Les grandes puissances délèguent désormais leur influence à des intermédiaires régionaux ». Selon lui, cette méthode réduit l’État congolais à un rôle humiliant : « Comment comprendre qu’un pays aussi riche doive passer par un autre pour parler à ses partenaires ? »
À ses yeux, les difficultés du pays ne sont pas dues à un manque de ressources, mais à un problème bien plus profond : « Le Congo ne manque pas de ressources, mais d’autonomie et de confiance nationale ». Pour inverser la tendance, il propose quatre axes : relancer l’appareil productif, valoriser l’agriculture, maîtriser les chaînes de valeur industrielles et rationaliser les dépenses de l’État. Il a également rappelé qu' »un pays ne se construit pas sur des chiffres, mais sur des citoyens épanouis et conscients », avant d’ajouter : « Planifier, c’est anticiper, mais c’est aussi écouter, comprendre et définir les priorités ».
Enfin, Muteba a appelé à une refonte de la coopération internationale. Pour lui, « le Congo n’a pas vocation à mendier, mais à négocier avec dignité, transparence et réciprocité ». La coopération future devrait être, selon ses mots, « des peuples qui se respectent, et non des puissances qui s’exploitent ». Il a conclu en élargissant son message à l’Afrique entière : « La liberté ne se demande pas, elle se construit », ajoutant que « l’Afrique n’a pas besoin d’être sauvée, elle a besoin qu’on la laisse redevenir elle-même ». Selon lui, le Congo, en tant que « cœur battant du continent », doit incarner « le courage, la clairvoyance et la dignité qui fondent toute autonomie véritable ».
