Kinshasa, 15 janvier 2026- Les agents du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) ont décidé d’interpeller directement la Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, face à ce qu’ils qualifient de crise grave liée au non-paiement prolongé de leurs salaires.
Dans une lettre ouverte consultée par la rédaction d’Enquête.cd ce jeudi 15 janvier, ils expliquent que le processus d’actualisation des opérations de paiement est totalement bloqué, alors même que les démarches administratives et financières auraient été régulièrement engagées depuis plusieurs mois.
Selon ces agents, ce blocage persistant dans le circuit des services concernés empêche l’exécution effective de leurs rémunérations, plongeant l’ensemble du personnel du CSAC dans une situation salariale jugée sans précédent et de plus en plus insoutenable.
À l’état actuel, rappellent-ils, un Ordre de Paiement Informatisé (OPI) a pourtant été émis depuis le 19 octobre 2025, sans qu’aucune opération de paiement n’ait été réalisée jusqu’à ce jour.
Ils précisent par ailleurs qu’en novembre 2025, le Vice-Premier ministre en charge du Budget avait informé la Première ministre qu’une liquidation en paie complémentaire du premier trimestre 2025 avait déjà obtenu un OPI, en attente d’exécution à la Banque Centrale du Congo (BCC), avant celles prévues pour les deuxième et troisième trimestres de la même année. Malgré cela, les agents cumulent désormais trente-deux mois d’arriérés de salaires.
D’après les informations les plus récentes communiquées dans la correspondance, le dossier se trouverait actuellement à la BCC, dans l’attente d’une autorisation formelle du ministère des Finances pour permettre le déclenchement du paiement effectif.
Cette absence prolongée de rémunération, soulignent-ils, a déjà entraîné des conséquences humaines dramatiques. En l’espace de trois mois, trois agents ont perdu la vie, leurs maladies ayant été aggravées par l’impossibilité d’accéder à des soins médicaux adéquats.
Le cas de Jean-Pierre Bokata, ancien agent issu de la Haute autorité des médias (HAM), est cité comme exemple emblématique. Après une longue hospitalisation, il est décédé, faute de moyens suffisants, obligeant ses collègues à organiser une cotisation solidaire pour tenter de couvrir ses frais médicaux.
Les agents dénoncent également l’absence quasi totale de couverture sociale et la dégradation générale des conditions de travail, estimant que le CSAC est traité comme une institution abandonnée par rapport à d’autres structures d’appui à la démocratie telles que la CENI ou la CNDH, tant sur le plan sanitaire, logistique que sur le fonctionnement des antennes provinciales.
Face à cette situation qu’ils qualifient désormais d’urgence humaine, ils en appellent à une action immédiate de la Cheffe du gouvernement.
« Le cumul des retards de salaires et l’absence totale de droits sociaux constituent une grave violation de nos droits fondamentaux. Travailler dans de telles conditions est indigne d’une institution d’État. Nous espérons une réponse rapide et bienveillante de votre part, car c’est à ce prix que le CSAC pourra redevenir un acteur de régulation efficace et un pilier de notre démocratie numérique. Votre sens de la justice sociale et votre responsabilité vis-à-vis des agents de l’État sont notre ultime recours »ont-ils écrit, ajoutant que seule son intervention permettra « de restaurer la dignité des agents et d’éviter de nouveaux drames ».
