Kinshasa, 27 janvier 2026- Environ 70 millions hier et aujourd’hui plus de 2 millards de dollars américains en l’espace de quelques années, les exportations minières déclarées par le Rwanda ont connu une progression vertigineuse, sans qu’aucune découverte majeure de nouveaux gisements ne soit officiellement répertoriée sur son territoire.
C’est ce qu’a révélé le ministre congolais du Commerce extérieur et ancien gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku Kahongya qui s’est exprimé mardi à Kinshasa, lors de la conférence organisée par le ministère de la Communication et Médias sous le thème « Mémoire contre l’oubli : drame humanitaire, enjeux économiques, justice pour les victimes et restauration de l’intégrité territoriale ».
D’après ce dernier, cette explosion des chiffres, observée durant les périodes d’occupation de plusieurs zones minières du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, constitue le point de départ d’un dossier sensible qui interroge sur l’origine réelle de ces minerais et sur les véritables motivations économiques des conflits armés persistants dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Selon lui, ces chiffres traduisent un pillage systématique des ressources naturelles congolaises, rendu possible par l’insécurité chronique et l’occupation de certaines zones stratégiques. Julien Paluku a indiqué que, durant cette période, le volume des exportations minières rwandaises est passé de 70 millions de dollars américains à près de 2 milliards, alors même que le Rwanda ne dispose pas de gisements miniers significatifs. Pour le ministre, cette situation démontre que « les véritables FDLR que le Rwanda poursuit en RDC sont les minerais et les autres ressources naturelles congolaises », soulignant ainsi le caractère économique du conflit.
Au-delà des chiffres, le ministre du Commerce extérieur a dénoncé une guerre aux conséquences humaines dévastatrices. Les affrontements armés et les violences ciblées contre les populations civiles ont provoqué des milliers de morts, des déplacements massifs de populations et la destruction du capital humain congolais, privant les communautés locales de stabilité, d’éducation et de perspectives d’avenir.
Sur le plan économique, ces conflits ont entraîné l’effondrement du tissu productif local, marqué par le pillage des minerais, des produits agricoles et la paralysie des activités commerciales. À cette crise s’ajoute la dégradation du tissu environnemental et touristique, notamment dans des zones autrefois porteuses de croissance, aujourd’hui transformées en foyers d’insécurité permanente.
Julien Paluku a également dénoncé la mise en place d’une économie de dépendance, imposée à la RDC au profit d’intérêts extérieurs, au détriment de l’économie nationale. Pour lui, la guerre à l’Est ne se limite pas à une crise sécuritaire, mais constitue une stratégie globale d’affaiblissement de la souveraineté économique congolaise.
Par ailleurs, l’ancien gouverneur du Nord-Kivu a appelé à un devoir de mémoire, à la justice pour les victimes, ainsi qu’à une mobilisation nationale et internationale en faveur de la restauration de l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo, estimant que seule la fin de l’impunité permettra de rompre le cycle de violences et de pillages qui endeuille l’Est du pays depuis des décennies.
