Kinshasa, 2 mars 2026- Le ministre congolais du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, alerte sur le risque d’un « séisme économique » mondial en cas de fermeture du détroit d’Ormuz, dans un contexte de tensions accrues entre l’Iran, les États-Unis et Israël.
Dans une tribune rendue publique lundi, il estime qu’un blocage de ce corridor stratégique constituerait un « arrêt cardiaque pour l’économie planétaire », rappelant que 20 à 25 % de la consommation mondiale de pétrole soit plus de 20 millions de barils par jour ainsi qu’environ un tiers du commerce mondial de gaz naturel liquéfié y transitent.
Au-delà du symbole, l’enjeu est concret : le détroit représente l’unique voie maritime d’exportation pour des producteurs majeurs du Golfe tels que l’Arabie saoudite, l’Irak, les Émirats arabes unis, le Koweït et le Qatar. Plus de 75 % des flux pétroliers qui y transitent sont destinés aux marchés asiatiques, notamment la Chine, le Japon, l’Inde et la Corée du Sud, ce qui accentuerait l’effet domino sur l’ensemble de l’économie mondiale.
Selon le ministre, un blocage total pourrait faire bondir le baril de Brent au-delà de 100 dollars en quelques jours, provoquant une hausse brutale des coûts du transport maritime et une nouvelle vague d’inflation mondiale, à un moment où les banques centrales peinent déjà à stabiliser les prix.
Même sans fermeture officielle, la simple menace d’attaques de missiles ou de drones suffirait à faire flamber les primes d’assurance maritime et à dissuader certains armateurs de maintenir leurs rotations.
Julien Paluku souligne par ailleurs l’absence d’alternative crédible capable d’absorber l’ensemble des volumes transitant par Ormuz.
Les oléoducs reliant l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis à d’autres débouchés maritimes ne couvrent qu’une fraction du trafic habituel. Quant aux réserves stratégiques détenues par les puissances occidentales, elles ne constitueraient qu’un amortisseur temporaire face à un choc prolongé.
Pour la République démocratique du Congo, pourtant éloignée géographiquement du Golfe, les répercussions seraient immédiates. Le pays subirait une inflation importée à travers la hausse des prix des carburants et des denrées alimentaires. Le secteur minier, pilier de l’économie nationale, verrait ses coûts d’exploitation grimper sous l’effet de l’augmentation du prix du carburant nécessaire au fonctionnement des engins et au transport des minerais.
Face à ce risque, le ministre plaide pour une stratégie d’anticipation articulée autour de la relance de la Société Congolaise des Industries de Raffinage, du développement des parcs agro-industriels pour renforcer l’autosuffisance alimentaire et de la valorisation du potentiel hydroélectrique d’Inga.
À court terme, il recommande le renforcement des capacités de stockage de la SEP Congo et de la SONAHYDROC ainsi que la constitution de réserves stratégiques de produits de base comme le maïs et le riz.
Il met enfin en avant l’importance stratégique du Port en eau profonde de Banana et du corridor de Lobito dans la perspective d’un éventuel redéploiement des flux commerciaux vers l’Atlantique.Moyen-Orient.
Pour le gouvernement congolais, la libre circulation dans le détroit d’Ormuz constitue ainsi une ligne rouge absolue dont la remise en cause aurait des conséquences systémiques bien au-delà du Moyen-Orient.
