Kinshasa, 05 août 2025- L’instruction dans le dossier judiciaire opposant Constant Mutamba, ancien ministre de la Justice, au ministère public pour un détournement présumé de 19 millions de dollars, a été renvoyée au mercredi 6 août. Cette décision a été prise par la Cour de cassation à l’issue de l’audience du lundi, au cours de laquelle plusieurs témoins essentiels, majoritairement désignés par la défense, étaient absents.
Lors de cette audience, le juge Justin Kibamba, président de la Cour, a ordonné la comparution obligatoire de tous les témoins inscrits, précisant qu’aucune nouvelle citation ne serait délivrée. « Tous les témoins seront entendus le même jour. Il n’y aura pas d’autre citation à comparaître », a-t-il insisté, donnant rendez-vous pour 10h le jour prévu.
Douze personnes sont attendues pour apporter leurs témoignages, parmi lesquelles figurent la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, l’ex-inspecteur des finances Jules Alingete, l’ex-ministre Rose Mutombo, et d’autres responsables tels que le professeur Kito Limbaya, la directrice Lydia Mashika, ou encore des experts comme Christian Kalume et Fayi Login. Ces figures clés de l’administration et de la gestion des finances publiques pourraient s’avérer déterminantes pour la suite du procès.
La non-comparution de la majorité de ces témoins a été attribuée à un délai de notification jugé trop court par le greffier. Pour sa part, la défense a dénoncé une inégalité manifeste dans le traitement, accusant le ministère public d’avoir uniquement transmis les convocations aux témoins à charge, laissant les autres sans notification dans les délais impartis.
Cependant, l’audience de lundi n’a pas été totalement vide. Deux experts ont été entendus. Il s’agit de Christian Kalume, de l’ARMP, a soutenu que le contrat entre le ministère de la Justice et la société Zion pouvait être légalement conclu en gré à gré, à condition d’avoir une autorisation tacite ou un accusé de réception. « Le contrat n’est pas illégal en soi. Ce qui pose problème, c’est le paiement anticipé de plus de 50 %, alors que rien n’a été réalisé sur le terrain », a-t-il précisé, rappelant les limites légales prévues.
Fayi Login, représentant du ministère des Infrastructures, a quant à lui expliqué que son institution, bien que compétente en matière de construction de bâtiments publics, n’a été associée au projet qu’après son démarrage. Il a néanmoins reconnu que certaines exceptions discutées en Conseil des ministres autorisent d’autres ministères à signer ce type de contrat. La défense a d’ailleurs cité la construction de la prison de Saké comme précédent, ce que l’expert a confirmé.
Un autre point de tension a émergé autour de l’absence du secrétaire exécutif de la CENAREF, Kisula Alder. Ce dernier a fait valoir, dans une correspondance à la Cour, qu’en vertu de l’article 120 de la loi contre le blanchiment, il n’est pas autorisé à témoigner sur les faits connus dans le cadre de ses fonctions. Une interprétation vigoureusement contestée par la défense, qui a exigé sa comparution.
Réagissant à ce climat, Constant Mutamba, depuis le box des accusés, a vivement dénoncé ce qu’il considère comme une forme de pression. « Arrêtez de m’intimider. Je ne suis pas là pour recevoir des menaces. Si vous avez déjà un complot planifié, faites ce que vous voulez », a-t-il lancé. L’audience du 6 août s’annonce donc capitale, avec des enjeux judiciaires et politiques de taille, alors que le procès entre dans une phase décisive.
