Kinshasa, 13 avril 2026- La nouvelle phase des négociations entre Kinshasa et l’AFC/M23 s’est ouverte dans un climat chargé d’enjeux diplomatiques, mais aussi d’une bataille de communication. Dès les premières heures, la composition de la délégation rebelle a attiré l’attention des observateurs.
La présence de Claude Ibalanky Ekolomba, ancien proche collaborateur du président Félix Tshisekedi et ex-responsable du mécanisme de suivi de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, constitue un signal fort.
Elle traduit une volonté manifeste du mouvement de s’entourer de profils crédibles, ayant une expérience institutionnelle et une connaissance des rouages diplomatiques.
Selon un document interne signé par Bertrand Bisimwa, la délégation officielle est composée de six représentants principaux, épaulés par une équipe d’experts aux profils variés.
Plusieurs d’entre eux sont issus de la diaspora congolaise, avec des parcours académiques et professionnels en Europe ou en Amérique du Nord, certains disposant même de nationalités étrangères.
Cette configuration est loin d’être anodine. Elle participe à une stratégie visant à transformer l’image du Mouvement du 23 mars (M23).
Longtemps perçu comme un groupe armé soutenu de l’extérieur, le mouvement cherche désormais à se présenter comme un acteur politique structuré, capable de porter un discours national et de participer à des négociations de haut niveau.
En mettant en avant des figures congolaises ou d’origine congolaise, parfois issues des institutions de l’État, le M23 tente de renforcer sa légitimité. L’objectif est clair : repositionner le conflit non plus comme une agression extérieure, mais comme une crise interne à la République démocratique du Congo.
Ce repositionnement intervient pourtant dans un contexte où plusieurs rapports internationaux continuent d’évoquer un soutien du Rwanda au mouvement rebelle. Une réalité qui contraste avec l’effort actuel de “congolisation” de son image.
Au-delà des discussions techniques et politiques, les négociations de Genève se jouent donc aussi sur le terrain symbolique. La guerre des armes laisse place, en parallèle, à une guerre des récits.
En redéfinissant son visage et en soignant la composition de sa délégation, le M23, avec l’appui présumé de Kigali, cherche à influencer l’opinion internationale et à peser sur l’architecture même des négociations en cours.
