“Censurer Kabila, c’est allumer le feu” : Human Rights Watch alerte sur la «dérive» autoritaire du CSAC


Kinshasa, 12 juin 2025- Human Rights Watch (HRW) a vivement critiqué la récente décision du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), qui interdit aux médias de couvrir les activités de l’ancien président Joseph Kabila et de son parti, le PPRD. Dans un communiqué publié mercredi, l’organisation internationale de défense des droits humains prévient que cette mesure pourrait produire des « conséquences néfastes » sur les libertés fondamentales en RDC.

Bien que reconnaissant les « progrès importants » réalisés durant les 18 années de présidence de Joseph Kabila, des avancées entachées de violations graves des droits humains, HRW souligne que ni la presse ni la population ne doivent être privées de leur droit à débattre du rôle passé et présent de Kabila dans la vie politique congolaise. “Les journalistes ont le droit à la liberté d’expression pour couvrir le retour de Joseph Kabila, et le peuple congolais a certainement le droit de débattre de son rôle dans le pays”, a souligné HRW.

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L’ONG déplore par ailleurs le durcissement des restrictions imposées aux médias sous l’actuel régime. “Une façon d’attirer l’attention des gens sur l’ancien président est de leur interdire d’entendre parler de lui”, avertit-elle, jugeant cette stratégie contre-productive.

L’Union nationale de la presse congolaise (UNPC) s’est aussi opposée à cette censure. Dans une déclaration faite vendredi, elle a fustigé la décision du CSAC, prise alors que Joseph Kabila séjournait à Goma où il menait une série de « consultations citoyennes » avec divers acteurs locaux. Pour l’UNPC, “la régulation ne peut avoir pour rôle d’embrigader les médias pour empêcher les journalistes d’être la conscience critique de leur temps en tant qu’historiens du présent”.

Lors de la plénière de l’Assemblée nationale consacrée au rapport 2024 du CSAC, plusieurs députés ont manifesté leur mécontentement. Parmi eux, Séverin Bamani a dénoncé une régulation biaisée, semblant répondre davantage aux volontés politiques qu’aux exigences d’un encadrement impartial du paysage médiatique.

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Le député, expert en communication, a rappelé que « la régulation se fait à posteriori et non à priori », insistant sur la nécessité pour le CSAC de respecter sa mission première : superviser les contenus médiatiques sans restreindre les libertés journalistiques ni servir de bras armé au pouvoir.

Human Rights Watch conclut en appelant les autorités congolaises à revoir leur position. Elle estime qu’une société démocratique ne peut évoluer sans un débat libre et pluraliste, y compris autour de figures controversées comme Joseph Kabila, dont le retour politique suscite autant d’intérêt que de critiques.

Alors que la RDC traverse une période politique tendue, entre occupation rebelle dans l’Est et crispation du climat politique, la gestion des libertés publiques, notamment de la presse, risque de peser lourd dans la stabilité institutionnelle du pays.

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