Kinshasa, 10 septembre 2025- Alors que la République Démocratique du Congo traversait l’une des journées les plus sanglantes de l’année, avec plus de 100 civils tués en seulement 24 heures dans les territoires de Beni et Lubero, le gouvernement congolais a choisi de publier un communiqué officiel, via le ministère de la Communication et Médias, pour condamner des frappes israéliennes à Doha, au Qatar.
Un geste jugé inacceptable et moralement révoltant par de nombreux observateurs, et qui a suscité une vague d’indignation dans l’opinion publique. Sur les réseaux sociaux et dans plusieurs villes, des voix se sont élevées pour dénoncer le silence assourdissant des autorités face aux massacres récurrents qui endeuillent l’Est du pays depuis plusieurs années.
Plus de 100 morts en une nuit d’horreur
Dans la nuit du 8 au 9 septembre, des attaques attribuées aux rebelles ougandais des Forces démocratiques alliées (ADF), affiliés au groupe État islamique, ont fait plus de 70 morts dans le secteur de Bapere, dans le territoire de Lubero, et 19 autres victimes à Beni.
À Fotodu-Maleki, près d’Oïcha, au moins 18 personnes ont été tuées, plusieurs à l’arme blanche. Des motos, habitations et vélos ont été incendiés, selon des sources sécuritaires locales.
« Une fois de plus, le sang congolais a coulé à flots. Dix-huit civils innocents viennent d’être sauvagement massacrés à Fotodu, dans le territoire de Beni, par les terroristes ADF, dans un silence de cimetière du gouvernement de Félix Tshisekedi Tshilombo. Les rescapés sont traumatisés, les familles décimées, les villages vidés.
Et pendant ce temps, à Kinshasa, on danse, on parade, on distribue des postes, on détourne…
Faut-il rappeler que la RDC est toujours en état de siège dans cette région ? Où sont les résultats ? Où est la protection promise ? Où est le commandement militaire censé sécuriser les populations ? Où est le président ? » s’indigne Maître Jean-Paul Paluku Ngahangondi, coordinateur national de la Convention pour le Respect des Droits Humains (CRDH).
Un État accusé d’abandonner ses citoyens
Pour cet opposant politique et haut cadre du parti Ensemble pour la République de Moïse Katumbi, ce massacre est le symbole d’un État défaillant.
« Ce qui se passe dans l’Est n’est pas un accident. C’est la conséquence directe d’un État absent, d’une armée inefficace et d’un régime qui refuse d’assumer ses responsabilités sécuritaires. Pendant que le peuple meurt, le président semble plus préoccupé par son image que par la vie de ses concitoyens », déplore-t-il.
Dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, les populations vivent désormais dans la peur constante d’attaques meurtrières, et ce malgré la présence conjointe des Forces armées de la RDC (FARDC), des forces ougandaises déployées dans le cadre des opérations conjointes, ainsi que de la MONUSCO, dont le retrait progressif est déjà entamé.
Des manifestations spontanées à l’Est
Face à cette insécurité persistante et au manque de réaction du gouvernement, des marches spontanées ont éclaté dans plusieurs villes, notamment à Goma et Butembo, où les habitants ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme une insulte à la mémoire des victimes.
Pour beaucoup, la situation actuelle illustre l’impasse sécuritaire dans laquelle se trouve le pays, malgré plus de deux décennies de présence militaire nationale et internationale dans la région.
