Kinshasa, 03 septembre 2025- La République Démocratique du Congo et le Rwanda ont conclu, sous la médiation des États-Unis, un accord de paix censé mettre fin au conflit dans l’Est du pays. Dans le même temps, Washington, à travers Massad Boulos, Conseiller Afrique du Département d’État, soutient le processus de Doha mené entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, avec le Qatar comme facilitateur.
Cependant, malgré la signature d’un communiqué conjoint et d’une déclaration de principes, les avancées restent timides à Doha. Les accusations réciproques de violation du cessez-le-feu continuent d’alimenter les tensions, au point de susciter des doutes dans le camp de l’AFC/M23 sur la pertinence de la méthode adoptée par Donald Trump.
« Trump, c’est le président américain que tout le monde semble craindre, il a sa méthode, son approche, est-ce que c’est lui ou plutôt ses conseillers qui considèrent le dossier congolais comme une opportunité de business ? Et devant la débâcle de Monsieur Tshisekedi, il est allé lui proposer que je peux te donner tout le Congo gratuitement pourvu que moi je reste au pouvoir. Ça ne résout pas la crise parce que oui, nous on parle des minerais, est-ce qu’on est ici à cause des minerais ? Non. Et nous lui disons : s’il veut vraiment des minerais qu’il vienne, parlons-en, la porte lui sera ouverte pour en prendre. Mais le problème que j’évoque, celui des Tutsis discriminés, quel rapport avec les minerais ? Même s’il prenait tout le Congo, il y aurait toujours des Congolais qui diraient : nous, nous avons tel problème. Donc ça ne résout rien », a déclaré Corneille Nangaa, coordonnateur politique de l’AFC/M23, lors d’une conférence à Goma ce lundi 1er septembre.
Selon lui, la crise congolaise dépasse de loin la question des ressources naturelles et ne peut être réduite à un éventuel accord minier entre Kinshasa et Washington. À ses yeux, l’idée que les rebelles quitteraient les zones actuellement sous leur contrôle est illusoire.
« Nous avons dit que nous ne vivrons plus en exil, c’en est fini. Nous rentrons chez nous et nous sommes chez nous aujourd’hui. Ceux qui pensent qu’on va se retirer d’ici, on ira où ? Est-ce que Trump sait cela ? Même s’il fait ses affaires et tout le reste, nous n’irons nulle part. Nous resterons ici. Nous n’avons même pas l’intention, pas même le rêve de repartir. Où irions-nous ? », a-t-il poursuivi.
Pour l’AFC/M23, la démarche américaine ne permet pas de s’attaquer aux racines du problème. « Le problème reste entier, que ceux qui veulent des minerais les prennent. Mais nous, nous avons une cause, nous avons des raisons. Notre cause est noble, nous voulons vivre chez nous avec dignité. Notre problème, c’est qu’il n’y a pas d’État. Tshisekedi a détruit les FARDC, ce n’est plus une armée. Tshisekedi a détruit la justice », a encore martelé Nangaa.
Alors que Goma et Bukavu demeurent sous l’occupation de la rébellion soutenue par Kigali, les grandes manœuvres diplomatiques se poursuivent pour tenter d’apaiser la crise. L’Accord de Washington piloté par les États-Unis et le processus de Doha chapeauté par le Qatar constituent les deux volets d’une même initiative censée déboucher sur un accord de paix global. Mais les engagements pris restent lettre morte, les mesures de confiance prévues début août n’ont pas été appliquées, et les discussions censées se tenir avant le 8 août, pour aboutir à un accord définitif le 17 août 2025, n’ont pas vu le jour.
