Kinshasa, 14 février 2026- Une affaire judiciaire à fort enjeu secoue depuis ce jeudi le Conseil d’État à Kinshasa. Au cœur de la polémique, un dossier foncier sensible concernant une concession située à Lubumbashi, dans le Haut-Katanga, en face du Pullman Grand Karavia, attribuée à la Succession de feu le Maréchal Mobutu Sese Seko.
Selon plusieurs sources proches du dossier, cette affaire, pourtant déjà tranchée par un arrêt définitif rendu en 2024 en faveur de la Succession Mobutu, ferait aujourd’hui l’objet de manœuvres visant à obtenir une révision controversée.
Un arrêt définitif remis en cause
Au centre de la polémique : la volonté d’annuler une décision de justice rendue en bonne et due forme l’année dernière, reconnaissant officiellement les droits de la Succession Mobutu sur cette concession attribuée par arrêté du 13 mars 1989.
D’après les avocats-conseils de la famille Mobutu, plusieurs tentatives auraient déjà échoué. Quatre requêtes introduites en 2024 auraient été déclarées irrecevables. Mais une nouvelle demande en révision qui aurait été déposée, ravivent les inquiétudes. Pour les ayants droit, la question est grave : un arrêt définitif peut-il être annulé sous influence, malgré l’existence de documents officiels ?
Des accusations de pressions sur les magistrats
Des sources proches du dossier évoquent des pressions insistantes exercées sur certains magistrats du Conseil d’État afin qu’ils reviennent sur l’arrêt rendu en 2024.
Ces agissements, s’ils étaient avérés, constitueraient une atteinte majeure à l’indépendance du pouvoir judiciaire et un précédent dangereux pour la sécurité juridique en République démocratique du Congo.
Les défenseurs de la Succession rappellent qu’en 2024 déjà, des pressions similaires auraient été signalées, sans que les juges ne cèdent.
Le nom de Rahim Drolia est cité par certains proches du dossier comme étant impliqué dans les démarches visant à obtenir la révision de l’arrêt. Des accusations lourdes, qui donnent à cette affaire une dimension dépassant le simple contentieux foncier.
Une concession légalement attribuée depuis 1989
La Succession Mobutu insiste sur le caractère légal et historique de cette concession. Celle-ci aurait été cédée officiellement au Maréchal Mobutu Sese Seko par un arrêté signé le 13 mars 1989 par le Commissaire d’État chargé des Travaux publics, de l’Urbanisme et de l’Habitat. Même l’Office des Biens Mal Acquis (OBMA) aurait répertorié cet immeuble parmi les propriétés appartenant à feu le Maréchal.
Des descentes sur terrain organisées par le Conseil d’État auraient, selon les avocats, confirmé noir sur blanc que cette concession appartient à la famille Mobutu.
Un test majeur pour l’État de droit
Pour plusieurs observateurs, cette affaire constitue un test crucial pour la justice congolaise.
Des appels sont lancés au Président de la Cour constitutionnelle, Dieudonné Kamuleta, afin qu’il intervienne rapidement, alors que des correspondances auraient déjà été introduites à la Cour constitutionnelle sans suite.
Au-delà de la famille Mobutu, c’est la crédibilité même du Conseil d’État et de l’institution judiciaire qui se retrouve au cœur du débat.
Le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, garant du bon fonctionnement des institutions, est également interpellé afin que l’indépendance des juges soit pleinement protégée.
Mise en garde à la population lushoise
Dans ce contexte, une sonnette d’alarme est tirée à Lubumbashi : la population est appelée à la prudence concernant toute transaction immobilière sur les parcelles situées devant le Pullman Grand Karavia.
Les ayants droit affirment qu’il s’agit d’une concession appartenant exclusivement à la Succession Mobutu, et mettent en garde d’éventuels acheteurs contre des risques de litiges futurs.
