Kinshasa, 11 avril 2026- Alors que les efforts diplomatiques se multiplient pour stabiliser l’Est congolais, de nouvelles déclarations viennent jeter une lumière troublante sur la situation sécuritaire dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.
Le témoignage de Segatarama Diedone, présenté comme un élément des Forces de défense rwandaises (RDF) capturé par les Forces armées de la République démocratique du Congo, alimente les soupçons d’une implication militaire directe de Kigali sur le territoire congolais.
Selon ses déclarations, ce militaire originaire d’Inyanza affirme avoir été déployé début avril 2026 en RDC sous couvert d’une mission de maintien de la paix. Il explique que son unité, composée d’une trentaine d’hommes, aurait franchi la frontière via des points d’entrée non officiels pour rejoindre la ville de Goma, où elle aurait bénéficié d’un soutien logistique assuré par des éléments du M23.
D’après son récit, les soldats rwandais auraient été pris en charge dès leur arrivée par les rebelles, notamment pour leur hébergement et leur alimentation, avant d’être redéployés vers des zones de combat.
Ces éléments corroborent les accusations récurrentes de coopération entre les RDF et le M23, accusations régulièrement rejetées par Kigali.
Le militaire capturé affirme par ailleurs que la mission qui lui avait été initialement présentée comme une opération de stabilisation s’est rapidement transformée en engagement direct aux côtés du M23 contre les forces congolaises. Il évoque notamment des opérations de renseignement dans le territoire de Masisi, en préparation d’attaques coordonnées visant également la zone de Walikale.
« Nous avions planifié des attaques à partir de Masisi », aurait-il déclaré, précisant avoir été interpellé lors d’une mission d’infiltration visant à collecter des informations auprès des civils et des militaires congolais. Il indique également être traité conformément aux règles en vigueur depuis sa capture.
Ces révélations interviennent dans un contexte marqué par un regain de tensions diplomatiques et sécuritaires dans la région des Grands Lacs. Les États-Unis ont récemment imposé des sanctions ciblées contre des responsables rwandais accusés de soutenir activement le M23, renforçant ainsi la pression internationale sur Kigali.
Sur le plan régional, plusieurs initiatives appellent à un retrait immédiat de toute force étrangère du territoire congolais, alors que les combats persistent dans plusieurs zones stratégiques du Nord-Kivu.
Au-delà des considérations sécuritaires, de nombreux analystes soulignent les enjeux économiques liés à cette instabilité chronique.
Les territoires de Masisi et Walikale, cités dans le témoignage, figurent parmi les zones les plus riches en ressources minières, notamment en coltan, cobalt et or, des minerais essentiels pour les industries technologiques mondiales.
Enfin, le militaire capturé a évoqué certains noms au sein de sa hiérarchie, mentionnant un commandant de bataillon basé à Goma ainsi qu’un officier opérant dans la localité de Kashebere, des éléments qui pourraient alimenter d’éventuelles enquêtes militaires et diplomatiques.
Si ces déclarations restent à vérifier de manière indépendante, elles viennent néanmoins renforcer une série d’accusations déjà formulées par Kinshasa et ses partenaires, et risquent d’alimenter davantage les tensions entre les deux pays voisins, dans une région où la paix demeure encore fragile.
