Kinshasa, 23 septembre 2026- Kinshasa, 23 septembre 2026- La réforme des Nations Unies constitue, selon Me Ghislain Kalwa Chulu, une nécessité pour les États membres confrontés aux limites du système international actuel. Dans une réflexion consacrée à cette question, le juriste de formation et chercheur indépendant en droit international des droits de l’homme et en droit pénal international revient sur les principes fondateurs de l’ONU et interroge leur application face aux conflits contemporains.
Le « Nous, peuples » face au pouvoir des cinq permanents
Partant du Préambule de la Charte des Nations Unies et de sa formule « Nous, peuples des Nations Unies », Me Kalwa relève une contradiction entre cette vocation universelle et le fonctionnement du Conseil de sécurité, où cinq États disposent d’un statut permanent et du droit de veto.
Pour lui, cette architecture, conçue dans le contexte de l’après-Seconde Guerre mondiale, ne correspond plus entièrement aux réalités géopolitiques actuelles. Il estime ainsi nécessaire de repenser le système international afin de le rendre plus représentatif et plus efficace.
L’Iran et l’Ukraine, révélateurs des limites du système
Dans sa réflexion, Me Kalwa s’appuie notamment sur les situations de l’Iran et de l’Ukraine pour illustrer les difficultés auxquelles se heurte le Conseil de sécurité lorsque ses membres permanents sont directement impliqués dans les crises ou profondément divisés sur la réponse à apporter.
Concernant l’Ukraine, il souligne notamment la difficulté créée par le fait que la Russie, partie au conflit, est également membre permanent du Conseil de sécurité et dispose du droit de veto. Il relève parallèlement que l’Assemblée générale peut exprimer une position largement majoritaire sans disposer, dans les mêmes conditions, des pouvoirs du Conseil de sécurité.
La RDC face aux limites des résolutions internationales
La République démocratique du Congo occupe une place particulière dans son analyse. Me Kalwa rappelle les nombreuses résolutions adoptées au fil des années sur la situation congolaise, notamment celles relatives au retrait des forces étrangères, à l’embargo sur les armes et au régime de sanctions.
Malgré cet important dispositif international, il constate que les violences persistent dans l’Est du pays. Pour lui, cette situation doit pousser à s’interroger sur l’efficacité des mécanismes internationaux et sur la capacité de l’ONU à faire effectivement respecter ses décisions.
L’Afrique réclame une meilleure représentation
Me Kalwa estime que la réforme doit également concerner la représentation de l’Afrique au sein du Conseil de sécurité.
S’appuyant sur le Consensus d’Ezulwini défendu par l’Union africaine, il plaide notamment pour l’attribution à l’Afrique de deux sièges permanents au Conseil de sécurité, avec les mêmes prérogatives que les autres membres permanents tant que le droit de veto demeure, ainsi que cinq sièges non permanents.
Pour lui, cette revendication constitue une question de représentation et d’équité dans la gouvernance mondiale.
Limiter le veto et renforcer la justice internationale
Dans sa réflexion, le juriste propose également de poursuivre les discussions sur la limitation du veto dans les situations de crimes internationaux particulièrement graves, de renforcer le rôle de l’Assemblée générale et de faire évoluer les mécanismes de justice internationale.
Il insiste notamment sur la nécessité de mieux prendre en compte l’exploitation illégale des ressources naturelles dans les situations de conflit. Pour la RDC, cette problématique revêt une importance particulière compte tenu des enjeux liés aux ressources naturelles et aux conflits armés dans certaines régions du pays.
« Réformer l’ONU pour la sauver »
Pour Me Ghislain Kalwa Chulu, réformer l’ONU ne signifie pas remettre en cause son existence. Il s’agit plutôt, selon lui, de permettre à l’Organisation de mieux répondre aux réalités du XXIᵉ siècle et de préserver sa vocation première de maintien de la paix, de défense des droits fondamentaux et de coopération internationale.
À l’approche du centenaire de l’Organisation en 2045, sa réflexion pose ainsi la question de l’adaptation du système international aux nouveaux rapports de force et de la nécessité d’une représentation plus équilibrée des différentes régions du monde.
Pour l’Afrique, estime-t-il, l’enjeu est particulièrement important : il ne s’agit plus seulement d’être présente dans les débats internationaux, mais de participer pleinement aux décisions qui engagent la paix et la sécurité internationales.
