Kinshasa, 6 octobre 2026- Trente ans après le massacre de l’hôpital de Lemera, au Sud-Kivu, le prix Nobel de la paix Denis Mukwege et l’ancien Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al-Hussein, appellent à la mise en place d’un véritable processus de justice transitionnelle en République démocratique du Congo.
Dans une tribune publiée ce mardi 6 octobre 2026 par le quotidien français Le Monde, les deux membres de l’organisation The Elders reviennent sur le massacre commis à l’hôpital de Lemera en 1996.
L’attaque, attribuée à l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), soutenue à l’époque par le Rwanda et l’Ouganda, avait fait au moins 37 morts parmi les patients et le personnel soignant.
Pour Denis Mukwege et Zeid Ra’ad Al-Hussein, cet épisode s’inscrit dans une longue série de violences documentées dans l’Est de la RDC. Ils rappellent que le rapport Mapping des Nations unies, publié en 2010, recense 617 incidents graves de violations des droits humains et du droit international humanitaire commis entre 1993 et 2003, dont la majorité n’a toujours pas donné lieu à des poursuites judiciaires.
Les deux signataires demandent notamment à l’ONU de rendre publique sa base de données confidentielle contenant des informations sur les auteurs présumés des violations documentées.
Ils plaident également pour la création, avec l’appui des Nations unies, d’un tribunal spécial pour la RDC, ainsi que pour la mise en place de chambres mixtes au sein des juridictions nationales.
Ils estiment par ailleurs qu’une justice durable doit être accompagnée d’une réforme profonde du secteur de la sécurité. Selon eux, les personnes impliquées dans de graves violations des droits humains ne devraient pas continuer à occuper des fonctions au sein des institutions publiques. Ils appellent également les partenaires internationaux de la RDC à adopter des sanctions ciblées contre les responsables présumés de ces crimes.
Dans leur tribune, Denis Mukwege et Zeid Ra’ad Al-Hussein établissent aussi un lien entre l’impunité des crimes passés et la persistance des violences dans l’Est du pays. Ils assimilent notamment la présence du M23 dans les Kivu à une occupation rwandaise de fait et considèrent que l’absence de justice contribue à la répétition des cycles de violence.
Pour les deux membres de The Elders, la recherche de la paix en RDC ne peut donc être dissociée de la question de la justice. Ils défendent l’idée qu’un processus crédible permettant d’établir les responsabilités, de poursuivre les auteurs et de réparer les victimes constitue une condition essentielle à une paix durable.
