Kinshasa, 16 octobre 2025- Sous un soleil de cet avant-midi, les avenues de Kinshasa bruissent d’échanges rapides, de chiffres murmurés et de billets qui changent de main. De Kintambo-Magasin à Ngiri-Ngiri, en passant par le rond-point Huilerie à Lingwala et Petro-Congo à Masina, les cambistes poursuivent leur ballet quotidien. Ici, le commerce du change n’est pas qu’un simple métier. C’est une question de survie dans une économie en perpétuelle oscillation.
Le reporter parti sur le terrain décrit une atmosphère tendue mais résiliente. Les regards se croisent avec prudence, les calculatrices crépitent, les téléphones vibrent sans cesse. Chacun tente de s’adapter à la nouvelle réalité du marché après la chute du dollar. « On essaie de faire une petite marge, sans perdre », confie un jeune changeur, les yeux rivés sur son tas de billets froissés.
Des taux qui s’entrechoquent et des marges fragiles
Francis Landu, cambiste expérimenté posté à la place Kintambo-Magasin, raconte la difficulté de jongler entre les annonces de la Banque centrale et les réalités du terrain. « Hier soir, la BCC était à 21 500 FC, et ce matin, elle est à 21 000 FC. Nous travaillons avec prudence, car nous ne pouvons pas travailler à perte », explique-t-il, un brin inquiet. À chaque variation, c’est tout un équilibre fragile qui vacille, entre confiance et méfiance, gain et perte.
À quelques kilomètres de là, Roland, cambiste du rond-point Huilerie, tente lui aussi de tirer son épingle du jeu dans cette équation complexe. « À la BCC, le taux appliqué est de 23 000 FC, et les grossistes se ravitaillent directement à la BCC. Donc, eux ne peuvent pas afficher 23 000 FC comme la BCC ; ils vont réduire à 22 000 FC pour bénéficier de 1 000 FC. Nous, les détaillants, ne pouvons pas aller à la BCC. Je me ravitaille auprès des grossistes qui me vendent à 22 000 FC, et je ne peux pas vendre à ce même prix », déplore-t-il.
Entre accusations et justifications
Dans les rues, certains citoyens les accusent de spéculer et d’alimenter la flambée des prix. Eux se défendent. « Nous ne fixons pas le marché, nous le subissons », murmure un autre cambiste, assis sur une chaise en plastique sous un parasol bleu délavé. Le contraste entre la perception populaire et la réalité économique est saisissant.
Dans un communiqué publié ce mercredi, la Banque centrale du Congo a rappelé que les transactions de change « sont traitées de gré à gré selon les cours déterminés par le jeu de l’offre et de la demande ». Une précision qui, loin d’apaiser les tensions, illustre plutôt le flou ambiant dans lequel évoluent ces acteurs de l’ombre du système financier congolais.
