Kinshasa, 20 novembre 2025- Dans la politique congolaise, rien n’est anodin. Le cas d’Aimé Boji, désormais président de l’Assemblée nationale en remplacement de Kamerhe, révèle beaucoup plus qu’un simple choix institutionnel. Il expose les tensions, les blessures, mais aussi les stratégies intimes qui nourrissent le pouvoir à Kinshasa.
D’aucuns voudraient réduire la désignation de Boji à un acte logique au sein du camp présidentiel. Ce serait ignorer le poids du passé. Car Boji n’est pas seulement un cadre politique. Il est l’ancien beau-frère de Vital Kamerhe, et leur histoire familiale continue d’influencer les trajectoires politiques du pays. La première épouse de Kamerhe, sœur aînée de Boji, avait été laissée en Afrique du Sud avec ses enfants, tandis que l’ancien directeur de cabinet épousait Hamida, l’ex-épouse de JB Mpiana. Un épisode qui, selon ceux qui connaissent la famille, n’a jamais été digéré.
Il serait naïf de prétendre que cette rancune n’a joué aucun rôle dans le choix actuel. Car en République démocratique du Congo, les comptes familiaux se règlent parfois à l’ombre des décisions politiques. Ce n’est pas le premier cas, et ce ne sera pas le dernier. L’intime s’invite dans la gestion du pouvoir, souvent même plus qu’on ne le croit.
Tshisekedi, stratège méthodique, connaît ce terrain. En mettant Boji en avant, il ne se contente pas de repositionner ses fidèles mais il affaiblit un ancien allié devenu trop encombrant. Kamerhe, figure historique de l’UNC, a toujours représenté un poids politique réel d’après plusieurs analystes. Le placer en difficulté en utilisant une dynamique familiale hostile est un geste parfaitement aligné avec la logique politique actuelle, où rien n’est laissé au hasard.
Mais il y a plus. Ce choix intervient dans un contexte où les ambitions présidentielles semblent s’étendre au-delà de l’horizon officiel de 2028. D’aucuns estiment que Boji ne serait pas seulement un président de l’Assemblée pour remplacer Kamerhe, il serait aussi un rouage dans une stratégie plus large. Son rôle pourrait consister à préparer le terrain législatif pour un texte permettant de prolonger le mandat de Félix Tshisekedi, en invoquant la situation sécuritaire dans l’Est du pays comme justification d’un report électoral.
Le choix de Boji est l’illustration parfaite de cette réalité. Ce n’est pas seulement l’ascension d’un homme. C’est l’expression d’un système où les blessures du passé deviennent des armes politiques, où le calcul prime sur le consensus, et où la stratégie personnelle se mêle sans complexe aux institutions républicaines.
Dans ce paysage mouvant, une certitude demeure : ce choix n’est que le premier chapitre d’une recomposition plus vaste. Et si Boji est aujourd’hui le visage du renouveau voulu par Tshisekedi, il pourrait bien être demain le symbole d’une transformation plus profonde du jeu politique congolais.
