Kinshasa, 24 novembre 2025- Au cours des six premiers mois de 2025, les comptes publics de la République démocratique du Congo montrent une gestion budgétaire fortement déséquilibrée. Les États de Suivi Budgétaire mis à jour fin juin révèlent une utilisation des crédits marquée par de nombreux dépassements, surtout au niveau des plus hautes institutions, tandis que d’autres administrations restent loin des objectifs fixés.
Cette photographie budgétaire apparaît alors que le pays fait face à la persistance du conflit à l’Est, à l’application d’une loi de finances rectificative et à une fragilité persistante des recettes extérieures. Les ressources mobilisées pour le budget général atteignent 19 040,6 milliards FC, soit 83,2 % des prévisions linéaires, dont l’essentiel provient des régies financières. En comparaison, les dépenses totalisent 19 418,2 milliards FC, équivalant à 84,9 % des attentes, générant ainsi un déficit de 377,7 milliards FC dominé par un solde intérieur négatif de 1 636,1 milliards FC.
La pression sur les finances publiques est amplifiée par la situation sécuritaire. L’offensive de l’AFC/M23, qui a pris le contrôle de plusieurs villes dès janvier 2025, bouleverse la planification budgétaire. Les dépenses sécuritaires, presque entièrement financées sur fonds propres, atteignent un taux de réalisation de 149 %. Les pertes de recettes dans les zones touchées affaiblissent simultanément la performance des administrations fiscales, avec des réalisations inférieures aux prévisions pour la DGDA, la DGI et la DGRAD.
Les priorités budgétaires apparaissent clairement dans les postes les plus exécutés : rémunérations, dette publique et fonctionnement des ministères, tous en forte progression. À l’opposé, des secteurs comme les bourses d’études, certains investissements ou encore des subventions destinées aux services déconcentrés, restent sans exécution.
Le point le plus préoccupant concerne le fonctionnement des institutions. À mi-parcours, elles affichent 1 434,2 milliards FC dépensés, alors que le budget initial prévoyait 774,9 milliards FC, soit une performance de 185,1 %. Un écart qui interroge sur la maîtrise de la dépense publique.
La Présidence de la République et la Primature concentrent les dépassements les plus impressionnants. La première atteint 850,7 milliards FC, dépassant ses crédits à hauteur de 433,7 %, tandis que la seconde affiche un taux encore plus élevé, avec 443,8 %. Ces chiffres contrastent fortement avec la situation d’autres entités comme la CENI, la CNSA ou l’Opposition politique, qui n’ont exécuté aucun crédit.
Plusieurs institutions fonctionnent très en dessous de leurs prévisions : 31,4 % au Secrétariat général du gouvernement, 19,4 % à la Commission nationale des droits de l’homme ou encore 48 % à la Cour des comptes. Seules les deux chambres du Parlement restent proches des allocations linéaires, chacune légèrement au-dessus des 100 %.
Les ministères constituent également un pôle majeur de sur-exécution. Leur fonctionnement consomme 3 083,8 milliards FC, soit plus du double des prévisions linéaires. Cette dynamique accentue encore le déficit intérieur et pousse l’État à accroître ses emprunts via les bons et obligations du Trésor.
Une autre difficulté provient d’une erreur initiale dans les données publiées fin septembre 2025. Le ministère du Budget admet que les premiers chiffres reposaient sur les seuls résultats du deuxième trimestre et non sur l’ensemble du semestre. La correction a permis d’isoler correctement les dépenses sécuritaires et de rectifier l’imputation de certaines lignes budgétaires.
Malgré l’ampleur des dépassements révélés, les autorités assurent avoir respecté le plafond de déficit établi par le Mémorandum conclu avec le FMI, fixé à 2 000 milliards FC. Elles présentent cet engagement comme un signal de discipline financière dans un contexte difficile.
Le gouvernement estime désormais indispensable de renforcer la mobilisation des recettes, d’améliorer la gestion des priorités et d’assurer un respect strict de la chaîne de dépense. Ces orientations apparaissent cruciales alors que le pays doit simultanément financer l’effort de guerre, maintenir la stabilité économique et répondre aux besoins sociaux d’une population largement affectée par les déplacements causés par les combats.
