Kinshasa, 23 janvier 2026- Alors que Kinshasa s’oriente vers l’organisation d’un dialogue national inclusif sous médiation étrangère, la voix du Mukwegiste Heri Kalamuna s’élève pour alerter sur les risques d’un tel processus dans un contexte marqué par la poursuite de l’agression et de l’occupation d’une partie du territoire congolais.
En effet, malgré la signature de l’accord dit de paix entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, le 4 décembre 2025 à Washington, la situation sécuritaire sur le terrain s’est fortement dégradée.
Les forces agresseuses ont occupé la ville d’Uvira pendant plus d’un mois, avant d’étendre leur avancée vers Baraka et Fizi, illustrant l’échec des mécanismes diplomatiques engagés à Washington et à Doha.
Face à cette impasse, les autorités congolaises semblent désormais privilégier la voie d’un dialogue politique national et inclusif, sous la médiation de l’Angola. Une option que Heri Kalamuna juge dangereuse si elle est engagée sans conditions préalables.
« Organiser un dialogue politique sous occupation étrangère, c’est prendre le risque de faire du surplace et de replonger le pays dans les erreurs du passé », avertit-il dans une interview accordée ce vendredi à la rédaction.
Mukwegiste engagé aux côtés du Prix Nobel de la Paix, le Dr Denis Mukwege, Heri Kalamuna rappelle que les précédents dialogues et accords de Sun City I et II, Lusaka, Pretoria n’ont pas permis d’instaurer une paix juste et durable.
Selon lui, ces processus ont souvent conduit au mixage et au brassage des forces, à l’intégration des belligérants dans les institutions, à l’impunité, et à la résurgence cyclique des groupes armés.
« Au final, le peuple congolais n’obtient ni la paix ni la justice », déplore-t-il.
S’il reconnaît que le dialogue constitue l’une des voies possibles de sortie de crise en Afrique et en RDC, Heri Kalamuna insiste toutefois sur la nécessité d’en tirer les leçons du passé.
Pour lui, un dialogue national inclusif ne peut produire des résultats crédibles sans des préalables clairs.
Il en énumère trois principaux :
« Aucun dialogue, aussi inclusif soit-il, ne devrait se tenir avant le retrait total et sans condition de l’armée rwandaise (RDF) du sol congolais et l’application effective de la Résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies », souligne-t-il.
Il plaide également pour l’organisation d’une Conférence internationale sur la paix en RDC, destinée à mettre fin au “Business for Peace” et à revitaliser l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, ainsi que pour la libération des opposants politiques arrêtés arbitrairement et la fin des intimidations et restrictions des libertés publiques.
« Ce n’est qu’après ces préalables qu’un dialogue national inclusif pourra déboucher sur une paix véritable, juste et durable », conclut Heri Kalamuna.
Josué Kid
Politique
Dialogue, Mukwege, RDC
