Kinshasa, 7 avril 2026- Face au projet d’accueil temporaire des ressortissants refoulés des États-Unis en République démocratique du Congo, l’organisation des droits de l’homme Justicia Asbl s’oppose fermement à cette initiative qu’elle juge précipitée et préoccupante pour l’intérêt national.
Dans une lettre ouverte adressée au Président Félix Tshisekedi, l’organisation exprime ses inquiétudes quant au communiqué du ministère de la Communication et Médias annonçant la mise en place d’un dispositif d’accueil temporaire de ressortissants de pays tiers refoulés du territoire américain.
Dans ce document daté du 5 avril 2026, Justicia Asbl reconnaît la tradition d’hospitalité de la RDC envers les populations réfugiées, notamment depuis la crise de 1994 au Rwanda, mais estime que cette nouvelle décision pourrait exposer le pays à des risques sécuritaires, économiques et sociaux importants. L’organisation rappelle que la RDC continue de supporter les conséquences de l’accueil des réfugiés depuis plus de trois décennies et appelle à la prudence dans la prise de décisions engageant l’avenir de la nation.
Signée par Timothée Mbuya, président de Justicia Asbl, la lettre soulève plusieurs zones d’ombre autour des accords évoqués, notamment l’absence d’informations précises sur la nationalité des personnes concernées, leur statut juridique, la durée de leur séjour et le cadre légal de leur présence sur le territoire congolais.
L’organisation s’interroge également sur les raisons pour lesquelles ces personnes ne seraient pas prises en charge par des institutions internationales comme le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, l’OCHA ou encore l’Organisation internationale pour les migrations.
Pour Justicia Asbl, la RDC ne devrait pas être considérée comme un pays de relocalisation pour les personnes refoulées d’autres États, alors que les États-Unis disposent de moyens financiers et logistiques suffisants pour gérer ces situations.
L’organisation met en garde contre les conséquences d’un tel accord dans un contexte marqué par une grave crise humanitaire, avec des millions de déplacés internes vivant dans des conditions difficiles à cause du conflit dans l’Est du pays, notamment en raison des violences attribuées à la rébellion AFC/M23 soutenue par le Rwanda.
L’organisation de défense des droits humains estime que la priorité du gouvernement devrait être la prise en charge des déplacés internes congolais avant toute initiative visant l’accueil de populations étrangères. Elle insiste également sur la nécessité de respecter la Constitution et les lois de la République dans la conclusion de tout accord international et appelle à plus de transparence ainsi qu’à un débat public sur cette question sensible.
À travers cette lettre ouverte, Justicia Asbl invite le Chef de l’État à revoir cette initiative et à privilégier des décisions qui protègent les intérêts nationaux tout en répondant aux attentes de la population congolaise.
