Kinshasa : Quand le journal ne fait plus la Une… dans les rues

Kinshasa, 01 août 2025- Chaque matin, sous le ciel souvent gris de Kinshasa, ils sont là. Debout, à côté de leurs étals, les mains remplies d’exemplaires fraîchement imprimés, les vendeurs de journaux scrutent les passants avec espoir. Mais de plus en plus souvent, leurs appels restent sans réponse. Le monde change, et avec lui, le rapport des Congolais à l’information. L’époque où l’on se ruait sur les titres de la presse nationale semble révolue. Aujourd’hui, Facebook, X, WhatsApp et autres plateformes numériques dictent le tempo.

« Il y a six ans, j’arrivais à écouler 100 journaux avant midi. Maintenant, j’en vends à peine 20 dans toute la journée », soupire Alain, vendeur à Gombe. Selon lui, les lecteurs ne veulent plus « dépenser pour ce qu’ils peuvent lire gratuitement en ligne ». Une tendance qui inquiète l’ensemble de la chaîne, notamment vendeurs, imprimeurs, mais aussi éditeurs.

Face à cette révolution numérique, plusieurs maisons de presse ont migré vers des formats exclusivement digitaux. « On ne pouvait pas faire autrement. Le tirage coûtait trop cher et les revenus publicitaires papier chutaient », confie un directeur de publication kinois. Le choix du numérique devient donc une stratégie de survie, même si cela signifie sacrifier une partie de leur lectorat traditionnel.

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Dans les rues de Gombe ou Barumbu, certains vendeurs résistent tant bien que mal. « Ce métier, c’est tout ce que je connais », lance André, 62 ans, qui vend des journaux depuis l’époque de Mobutu. Son banc en bois ne désemplit pas de titres invendus. Pour lui, l’effondrement de ce secteur est aussi une perte culturelle. « Un journal, ce n’est pas qu’un bout de papier. C’est une mémoire, une trace, une voix », lâche-t-il.

Mais les jeunes, eux, ont tourné la page. « Je préfère lire l’actualité sur mon téléphone. C’est rapide, gratuit et je peux réagir tout de suite », affirme Kevin, 23 ans, étudiant en communication à l’UNISIC. Le défi est donc double, capter une audience numérique sans abandonner les valeurs de la presse écrite.

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Le numérique bouleverse également les emplois. Des imprimeurs sont licenciés, des livreurs réaffectés ou laissés pour compte. « On oublie que derrière chaque journal, il y a toute une chaîne de travailleurs », déplore un syndicaliste du secteur. Sans plan de transition, c’est tout un pan de l’économie urbaine qui risque de s’effondrer.

Pour certains observateurs, la solution passe par un modèle hybride. « Il faut digitaliser, oui, mais aussi repenser le journal papier comme un produit premium, de réflexion, d’analyse, pas de simple actualité brute », explique un analyste média. Une idée qui pourrait redonner un second souffle à la presse physique, à condition d’investir dans la qualité.

À Kinshasa, la presse écrite résiste encore, mais pour combien de temps ? Entre nostalgie et modernité, les trottoirs congolais pourraient bientôt perdre l’un de leurs plus fidèles compagnons, le journal papier. Un symbole fort d’une époque qui s’efface doucement sous les clics et les notifications.

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