Kinshasa, 14 octobre 2025- L’air est lourd sur Kinshasa en ce début de matinée, alors que les embouteillages s’étirent sur le boulevard du 30 Juin. Dans les marchés et devant les écoles, la tension se lit sur les visages. Depuis la chute spectaculaire du dollar américain face au franc congolais, chaque transaction devient source de débat et parfois de conflit. Parents d’élèves, commerçants et bailleurs se retrouvent pris dans un tourbillon de confusion.
À Ngaliema, dans une école privée réputée, la sonnerie marque le début des cours, mais les responsables se montrent intraitables. « Nous n’acceptons plus les paiements en dollar », confie la directrice. Même pour ceux dont les frais étaient fixés en dollars, la seule alternative désormais est le franc congolais. Les parents, surpris et frustrés, discutent vivement à la sortie de l’établissement, certains promettant de ne plus inscrire leurs enfants.
Non loin de là, dans le quartier de Pigeon, les propriétaires immobiliers imposent les mêmes règles. « Les loyers doivent être payés en francs », lance un bailleur au ton sec. Pour beaucoup de locataires, cette exigence bouleverse les habitudes et crée des tensions. Les discussions sur les trottoirs et devant les agences immobilières témoignent d’une incompréhension générale et d’une inquiétude palpable pour l’avenir.
Au marché central, la scène se répète sous une autre forme. Les commerçants hésitent à encaisser les dollars, même lorsque les clients en disposent. Les prix des denrées alimentaires restent élevés malgré la dépréciation de la devise américaine. Pour Madame Mbemba, vendeuse de manioc, « les clients sont confus, et nous aussi. La dédollarisation, nous ne la voyons pas dans nos revenus ».
Le gouvernement et la Banque centrale du Congo ont pourtant mis en avant cette politique comme une avancée majeure. « La chute du dollar est une victoire monétaire », avait affirmé le gouverneur André Wameso. Mais sur le terrain, cette annonce provoque des réactions mitigées. Les petites échoppes, les supermarchés et même les taxis expriment leur frustration, car les transactions quotidiennes ne correspondent plus à la logique monétaire qu’ils connaissaient.
Dans certains quartiers populaires, des scènes plus tendues se produisent. Des parents débattent avec les caissiers des écoles pour pouvoir payer en dollars, tandis que des locataires menacent de ne plus s’acquitter de leurs loyers si le franc devient obligatoire. La psychose commence à se répandre, accentuée par les rumeurs et la confusion autour de la valeur réelle des monnaies.
Pour tenter d’apaiser les esprits, des campagnes de communication sont menées sur les radios et télévisions locales, vantant les bienfaits de la « dédollarisation » et l’importance de renforcer la monnaie nationale. Mais dans les allées des marchés et devant les guichets des écoles, ces messages peinent à convaincre. Les familles ressentent encore le choc financier et la perte de repères économiques.
À la tombée de la nuit, Kinshasa semble suspendue entre espoir et inquiétude. Les rues bruissent de discussions, les commerces ferment sous tension, et chaque citoyen tente de s’adapter à cette nouvelle réalité monétaire. Alors que la Banque centrale célèbre une victoire sur le plan macroéconomique, la capitale vit une crise de confiance et une fronde silencieuse, témoignant que derrière les chiffres, la vie quotidienne des Congolais reste profondément impactée.
