Kinshasa, 9 décembre 2025-La Ligue Congolaise de Lutte Contre la Corruption (LICOCO) a officiellement saisi l’Inspection Générale des Finances à propos de graves soupçons de détournement de fonds publics au sein du Gouvernement provincial du Kongo-Central. Selon la correspondance adressée à l’Inspecteur Général des Finances et transmise pour information aux plus hautes institutions du pays, plusieurs irrégularités majeures ont entaché l’attribution et l’exécution de deux marchés publics d’une valeur cumulée dépassant 13 millions de dollars américains.
Des marchés attribués dans l’opacité et entachés de conflits d’intérêts
Le premier dossier concerne l’acquisition d’engins de travaux publics pour plus de 6,4 millions USD. Les premières vérifications pointent des conditions opaques d’attribution du marché, attribué à la société Manews Sarlu, présentée comme liée à un proche collaborateur du Gouverneur. Cette situation, selon la LICOCO, traduit un conflit d’intérêts flagrant, alimentant les soupçons de favoritisme et de pratiques d’initiés.
L’organisation de lutte contre la corruption souligne également une absence de capacité technique de l’entreprise retenue, qui aurait sous-traité la quasi-totalité du marché à la société SMT. Cette démarche est interprétée comme une manœuvre destinée à masquer une intention préméditée de fraude.
La suspicion de surfacturation est, elle aussi, largement documentée. Les écarts de prix relevés entre l’offre de Manews Sarlu et les factures récentes de SMT atteindraient près de 50 %. LICOCO estime que la moitié du montant engagé pourrait avoir été détournée, une situation jugée inacceptable dans une province où les besoins sociaux demeurent criants.
Un projet de construction surfacturé et des documents contractuels irréguliers
Le second dossier porte sur la construction du nouveau bâtiment de l’Assemblée provinciale, dont le montant contractuel s’élève à 6,5 millions USD. La LICOCO dénonce ici un déficit de transparence particulièrement inquiétant : le marché a été attribué de gré à gré, sans publicité préalable ni mise en concurrence, ce qui alimente les soupçons de collusion entre les autorités provinciales et l’entreprise attributaire.
L’organisation estime par ailleurs que le coût fixé est disproportionné. Selon une analyse des prix standards, la construction d’un tel bâtiment à Matadi ne devrait pas excéder six millions USD. Cette différence laisse supposer des arrangements illicites ayant pour finalité la surfacturation et le détournement de fonds.
Des irrégularités dans la signature des documents contractuels ont également été relevées, certains actes auraient été signés par des personnes n’ayant pas qualité légale, exposant le contrat à la nullité et à des sanctions financières.
Ces dysfonctionnements interviennent dans un contexte où les marchés concernés sont financés, en partie, par un emprunt de 20 millions USD contracté au début de l’année par la province dans des conditions qualifiées de douteuses. LICOCO rappelle que l’engagement d’un tel montant exigeait une documentation rigoureuse précisant l’utilisation des fonds, les priorités, les coûts estimatifs et la capacité de remboursement, des éléments qui n’auraient jamais été fournis.
Face à ce qu’elle qualifie de « faisceaux graves et concordants d’indices de détournement », la LICOCO demande à l’Inspection Générale des Finances de diligenter une enquête urgente pour établir les responsabilités, protéger les institutions et restaurer la confiance des citoyens dans la gestion des ressources publiques.
