Kinshasa, 28 janvier 2026- Accusé d’entretenir des liens présumés avec des responsables militaires rwandais, le lieutenant-général Philémon Yav Irung, surnommé « Tigre », a de nouveau comparu mardi 27 janvier 2026 dans le cadre du procès engagé contre lui. La procédure judiciaire en cours a été marquée par l’audition de plusieurs officiers supérieurs appelés à éclairer la justice militaire sur les circonstances ayant conduit à son arrestation et aux charges retenues.
L’audience, présidée par le lieutenant-général Joseph Mutombo Katalay, Premier président de la Haute Cour militaire, a été consacrée à l’audition de plusieurs officiers généraux appelés à éclairer la juridiction sur les faits reprochés à l’accusé.
À la demande du ministère public, quatre hauts gradés ont été entendus en qualité de renseignants. Il s’agit du lieutenant-général Constant Ndima Kongba, ancien gouverneur militaire du Nord-Kivu, du général-major Sylvain Ekenge Bomusa Efomi, ex-conseiller en communication du gouverneur militaire du Nord-Kivu, du général de brigade Dany Yangba Tene, ancien conseiller chargé des opérations, ainsi que du général de brigade Evariste Mwehu Lumbu, ancien commandant du secteur opérationnel Sukola 2 Sud, au Sud-Kivu.
Les débats ont principalement porté sur deux messages téléphoniques que l’accusation considère comme déterminants dans l’arrestation et les poursuites engagées contre le général Philémon Yav. L’un de ces messages serait attribué au colonel Senkoko Célestin, présenté comme secrétaire particulier du général rwandais James Kabarebe.
Selon le ministère public, ce message aurait été évoqué par feu le général Peter Cirimwami Nkuba à l’issue de sa mission à la tête du secteur opérationnel Sukola 2 Nord, et contenait la phrase: « C’est ce Cirimwami-là qui bloque notre projet ».
Lors de sa déposition, le lieutenant-général Constant Ndima a confirmé avoir reçu à Goma le général Cirimwami, venu l’alerter sur la nécessité d’une vigilance accrue vis-à-vis de certains officiers supérieurs, dont le général Philémon Yav, soupçonné d’entretenir des liens avec l’ennemi rwandais sur la base du message évoqué. Il a indiqué avoir relayé ces informations à sa hiérarchie et avoir sollicité le général Ekenge, alors à Kinshasa, afin qu’il en informe les plus hautes autorités militaires, notamment le chef d’état-major général des FARDC, le sous-chef d’état-major chargé des renseignements ainsi que la Maison militaire du Chef de l’État.
La défense dénonce l’absence de preuves tangibles
Face à ces témoignages, la défense du général Philémon Yav a de nouveau insisté sur l’absence de preuves matérielles versées au dossier. Les avocats rappellent que la charge de la preuve incombe à l’accusation et dénoncent le fait que le message incriminé n’ait jamais été produit devant la juridiction.
Selon eux, il est juridiquement inacceptable qu’un officier général encourre une peine aussi lourde que la peine capitale sur la base d’un élément de preuve qui n’a jamais été formellement établi.
« L’organe de poursuite avait promis des preuves concordantes. Or, nous assistons à des témoignages divergents, chacun apportant sa propre version des faits. Ces contradictions seront exploitées au moment opportun », a déclaré Maître Carlos Ngwapitshi Ngwamashi, membre du collectif d’avocats de la défense.
L’auditorat général maintient ses accusations
De son côté, l’auditeur général des FARDC, le lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi, persiste dans sa thèse, bien qu’il reconnaisse n’avoir jamais eu personnellement accès au message en question. Il soutient que, durant la phase préjuridictionnelle, le général Philémon Yav aurait refusé de communiquer le code d’accès de son téléphone, ce qui aurait empêché l’exploitation du message et conduit à la saisie de ses appareils pour expertise.
L’auditorat fonde l’existence du message sur les déclarations du feu général Peter Cirimwami Nkuba, affirmant que le général Yav lui aurait lui-même montré le contenu du message. Selon l’accusation, les témoignages recueillis lors de l’audience renforcent cette version des faits et présentent, désormais, des éléments de concordance suffisants.
La prochaine audience est programmée pour le mardi 17 février 2026.
Arrêté en septembre 2022, le général Philémon Yav Irung est soupçonné d’avoir entretenu des contacts avec des proches du général rwandais James Kabarebe. Affecté depuis 2020 dans l’est de la RDC, il avait été nommé commandant de la troisième zone de défense des FARDC, une zone stratégique couvrant le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, l’Ituri, le Maniema et la Tshopo.
