Kinshasa, 12 février 2026- Le gouvernement congolais a engagé une riposte institutionnelle face à ce qu’il qualifie d’utilisation non autorisée des fréquences radioélectriques nationales par l’opérateur rwandais MTN Rwanda, dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Le 10 février 2026, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a réuni le ministre des Postes, Télécommunications et Numérique, José Mpanda Kabangu, le président de l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications du Congo (ARPTC), ainsi que les dirigeants des principaux opérateurs actifs en RDC, notamment Airtel, Orange et Vodacom. Objectif : évaluer la présence signalée d’équipements MTN Rwanda à Rutshuru, dans la province du Nord-Kivu.
Selon des sources locales concordantes, des installations techniques attribuées à l’opérateur rwandais auraient été détectées à Rutshuru-centre, notamment dans le quartier Murambi. Cette configuration permettrait au réseau rwandais de couvrir une partie du territoire congolais et d’y proposer des services de téléphonie mobile et d’Internet.
Des cartes SIM MTN seraient par ailleurs vendues à Rutshuru et à Kiwanja, où plusieurs habitants affirment les utiliser en raison de perturbations persistantes des réseaux locaux. Dans cette zone frontalière, les difficultés de connexion ont renforcé le recours à des alternatives transfrontalières, alimentant davantage les interrogations sur l’origine réelle de la couverture.
Vodacom Congo avait précédemment attribué ces dysfonctionnements à un incident technique majeur affectant le système international de câbles sous-marins WACS, impactant l’accès à Internet à l’échelle nationale. Toutefois, dans une région marquée par une instabilité sécuritaire chronique liée aux affrontements avec le M23, la situation soulève des enjeux supplémentaires.
Pour Kinshasa, l’exploitation des réseaux de télécommunications relève exclusivement des autorités nationales, via l’ARPTC, seule habilitée à autoriser l’usage des fréquences et l’installation d’infrastructures numériques sur le territoire congolais.
Le ministre José Mpanda Kabangu a qualifié la situation de « menace stratégique et souveraine », estimant qu’une telle intrusion pourrait ouvrir la voie à des risques de surveillance illégale, de perturbation des communications ou d’atteinte à l’intégrité des systèmes nationaux.
La cheffe du gouvernement a instruit une prise en charge technique immédiate du dossier, incluant des investigations approfondies, une communication officielle rapide et, si nécessaire, la saisine des instances internationales compétentes.
Au-delà des perturbations techniques, cette affaire met en lumière un enjeu central : le contrôle des infrastructures numériques dans un contexte de tensions régionales persistantes. Dans un monde où les réseaux de communication jouent un rôle déterminant dans l’économie, la gouvernance et la sécurité, la maîtrise des fréquences devient un pilier essentiel de la souveraineté des États.
À Kinshasa, l’incident de Rutshuru pourrait ainsi ouvrir un nouveau front diplomatique et réglementaire, dans un climat déjà tendu entre la RDC et le Rwanda. Les conclusions des enquêtes techniques attendues dans les prochains jours seront déterminantes pour établir les responsabilités et définir les mesures à prendre.
En attendant, cette situation rappelle combien l’Est de la RDC demeure non seulement un théâtre de confrontation armée, mais aussi un espace vulnérable face aux enjeux technologiques et stratégiques du XXIᵉ siècle.
