Kinshasa, 10 avril 2026- Un scandale financier éclate à Kinshasa autour du Fonds spécial de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC (FRIVAO), après la révélation d’un paiement de 1,6 million de dollars américains à l’entrepreneur Deo Kasongo pour la production d’un documentaire de six minutes consacré à la guerre des six jours à Kisangani.
Selon plusieurs sources concordantes, ce court-métrage aurait été réalisé par la société DIVO et se limiterait essentiellement à un assemblage d’images récupérées sur YouTube et de photographies disponibles sur internet, sans véritable travail de terrain ni production audiovisuelle approfondie. Une situation qui suscite une vague d’indignation au sein de l’opinion publique, au regard du montant jugé excessif pour un contenu aussi court et minimaliste.
La polémique a rapidement pris une dimension politique et judiciaire.
Le ministre de la Justice a publiquement dénoncé une affaire assimilée à une escroquerie présumée, annonçant l’ouverture d’enquêtes pour faire toute la lumière sur les conditions d’attribution du marché, le financement du projet et l’utilisation des fonds publics. Les autorités judiciaires devraient ainsi examiner les procédures administratives et contractuelles ayant conduit à ce paiement.
Du côté de la société civile, plusieurs organisations et mouvements citoyens sont montés au créneau.
Le mouvement FILIMBI et des acteurs proches du FRIVAO accusent Deo Kasongo d’avoir bénéficié d’un contrat illégal et dénoncent un « documentaire bidon » financé avec des fonds destinés aux victimes de la guerre des six jours. Pour ces organisations, cette affaire constitue une atteinte grave à la mémoire des victimes et à la crédibilité des mécanismes de réparation mis en place par l’État congolais.
Cette polémique intervient dans un contexte de fortes attentes autour du FRIVAO, censé gérer les fonds issus des réparations liées aux crimes commis lors de la guerre des six jours à Kisangani entre les armées ougandaise et rwandaise. Toute suspicion de détournement ou de mauvaise gestion des ressources risque ainsi de fragiliser la confiance des victimes et de l’opinion publique envers ce mécanisme de justice réparatrice.
En attendant les conclusions des enquêtes annoncées, l’affaire Deo Kasongo pourrait devenir un test majeur pour la transparence dans la gestion des fonds publics en République démocratique du Congo et pour la crédibilité des institutions chargées de réparer les préjudices subis par les victimes de conflits armés.
