Kinshasa, 27 août 2026 – Entre l’aspiration à un dialogue inclusif et l’impératif de mettre fin à une longue guerre, le débat reste ouvert en République démocratique du Congo. Dans une réflexion intitulée « Savoir pour guider », Me Jean Bosco Badibanga, avocat congolais et révolutionnaire panafricain, appelle à une analyse approfondie des enjeux qui entourent le projet de dialogue national.
Pour cet avocat, aucune personne ni aucune circonstance ne devrait empêcher le peuple congolais de discuter des questions qui touchent à la fois son quotidien et son avenir. Il estime notamment que les causes profondes et les conséquences des guerres à répétition doivent être placées au centre de la réflexion nationale.
Selon lui, ces conflits ont profondément affecté le tissu sécuritaire, social et économique de la RDC. Toutefois, l’organisation d’un dialogue ne devrait pas faire l’économie d’un certain nombre de considérations éthiques, politiques et rationnelles.
Me Jean Bosco Badibanga pose ainsi la question de savoir s’il est pertinent d’encourager un dialogue entre les victimes et leurs bourreaux alors que se pose également l’exigence d’une justice réparatrice.
Il s’interroge également sur les conditions d’une participation véritablement inclusive, notamment lorsqu’il s’agit de personnes accusées de collaborer avec l’ennemi et de contribuer, selon lui, à la déstabilisation du pays.
Pour l’avocat, l’inclusivité ne devrait pas devenir un prétexte permettant de faire participer, directement ou par procuration, des acteurs dont la légitimité serait contestée.
Autre interrogation soulevée : le contenu et le format du dialogue seront-ils exclusivement déterminés par les priorités du gouvernement ou s’appuieront-ils sur le schéma et l’agenda proposés par les confessions religieuses, notamment la CENCO et l’ECC ?
Me Badibanga questionne particulièrement la capacité de la CENCO à jouer un rôle de neutralité dans ce processus, compte tenu de ses positions politiques passées qu’il juge controversées.
Au-delà de cette question, il s’interroge surtout sur la capacité réelle d’un dialogue politique à contribuer à l’arrêt de la guerre qui sévit dans l’est du pays.
La question des critères d’éligibilité figure également parmi les préoccupations soulevées. Qui pourra participer au dialogue ? Sur quelles bases les représentants des différentes composantes de la société congolaise seront-ils sélectionnés ?
Me Jean Bosco Badibanga invite également à s’interroger sur la place qui sera réservée au peuple congolais dans un processus qui pourrait, selon lui, être perçu comme une nouvelle négociation entre les acteurs de la classe politique autour du partage du pouvoir et des ressources nationales.
Une autre difficulté concerne les populations congolaises vivant dans les territoires actuellement occupés par les groupes armés. Comment assurer leur représentation et leur participation alors qu’elles se trouvent dans des zones où leur liberté d’action et de déplacement est fortement limitée ?
Pour Me Jean Bosco Badibanga, cette série d’interrogations ne constitue qu’une partie des nombreuses questions que se posent les Congolais face à la perspective d’un dialogue national.
Il souhaite que le laboratoire appelé à donner forme à ce processus puisse intégrer ces préoccupations dans l’élaboration de son plan de travail et de son agenda.
Dans cette perspective, l’enjeu, estime-t-il, ne devrait pas se limiter à organiser un dialogue pour répondre à une exigence politique. Il s’agirait surtout de parvenir à un processus capable de prendre en compte les causes profondes de la crise, les responsabilités, les victimes, la justice et, surtout, la recherche d’une paix durable en République démocratique du Congo.
