Goma, 3 septembre 2026- Les locaux de la Radio Télévision Nyiragongo Musisimuke (RTNM), une station privée fermée en janvier 2025 après la prise de la ville de Goma par l’AFC/M23, auraient été transformés en bureau de renseignement et en lieu de détention temporaire de civils par le groupe armé.
C’est ce que révèle une enquête de Reporters sans frontières (RSF), publiée ce jeudi 3 septembre, sur la situation de la liberté de la presse et les restrictions imposées aux médias dans les zones contrôlées par l’AFC/M23 dans l’est de la République démocratique du Congo.
Selon les éléments recueillis par l’organisation de défense de la liberté de la presse, les installations de la RTNM abriteraient depuis l’été 2025 un bureau des services de renseignement du mouvement rebelle.
Ces mêmes locaux seraient également utilisés pour la détention temporaire de civils avant leur transfert vers d’autres structures.
RSF affirme avoir recueilli les témoignages de deux anciens détenus qui disent avoir été emprisonnés et frappés dans les installations de cette radio avant d’être transférés vers le bureau provincial de l’Agence nationale de renseignement (ANR).
Des photographies prises en juillet 2026 et consultées dans le cadre de cette enquête montreraient par ailleurs que le logo de la Radio Télévision Nyiragongo Musisimuke demeure toujours visible sur le portail d’entrée, malgré la fermeture de la station et le changement d’utilisation des bâtiments.
La directrice de cette radio privée, inaugurée en 2021 et appartenant à un ancien responsable politique aujourd’hui installé à Kinshasa, aurait également été victime de violences. D’après RSF, elle aurait été interpellée et frappée par des membres de l’AFC/M23 en août 2025.
Les clés des locaux auraient ensuite été remises sous contrainte à l’administrateur du territoire désigné par le mouvement rebelle.
Pour Reporters sans frontières, cette affaire s’inscrit dans une stratégie plus large de confiscation ou de contrôle des biens appartenant à des personnalités et dignitaires liés aux autorités de Kinshasa dans les territoires sous contrôle de l’AFC/M23.
Cette révélation intervient alors que les inquiétudes se multiplient concernant les conditions d’exercice du journalisme dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
RSF évoque notamment la multiplication des restrictions imposées aux médias, parmi lesquelles figure récemment l’interdiction des émissions à caractère politique à Bukavu.
L’organisation estime que la transformation présumée d’un média en centre de renseignement et de détention constitue une nouvelle atteinte grave à la liberté de la presse et à la sécurité des professionnels des médias dans les zones touchées par le conflit.
Selon le classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2026, la République démocratique du Congo occupe la 130e place sur 180 pays.
