Kinshasa, 04 septembre 2026- Le climat des affaires en République démocratique du Congo est une nouvelle fois mis à rude épreuve dans le Haut-Katanga. Au cœur d’un dossier explosif autour de la route de contournement de Likasi, le gouverneur intérimaire Martin Kazembe Shula a chassé des investisseurs chinois de la société Congo Corporation International SARL (CCI), pourtant détenteurs d’un contrat de concession de 23 ans conclu avec les institutions de la République.
L’affaire prend une dimension particulièrement préoccupante au regard des circonstances ayant entouré cette éviction. Alors que le ministre national des Infrastructures avait invité la province du Haut-Katanga et les investisseurs chinois à une rencontre destinée à clarifier la question de la gestion des recettes générées par la route de contournement de Likasi, Martin Kazembe Shula a choisi de saboter cette démarche institutionnelle.
Au lieu de privilégier la voie du dialogue et du respect des mécanismes établis pour résoudre le différend, le gouverneur intérimaire a procédé à l’éviction des investisseurs engagés dans ce projet stratégique.
Pourtant, le statut de cette infrastructure ne laisse aucune place à la confusion.
La route concernée est clairement identifiée dans l’annexe de l’arrêté du ministre national des Infrastructures du 5 août 2025. Inscrite au point 112 sous la dénomination BULUO-LWAMBO, communément appelée route de contournement de Likasi, elle est classifiée comme une route nationale.
Cette classification place cette infrastructure dans le patrimoine routier d’intérêt national et renforce les interrogations sur la volonté affichée par les autorités provinciales de reprendre le contrôle de sa gestion.
Les documents contractuels encadrant le projet sont tout aussi précis. L’Avenant n°01 à la convention de délégation des services publics de concession, conclu entre la province du Haut-Katanga et la société Congo Corporation International SARL, porte sur la conception, le financement, la construction et l’exploitation d’une route de contournement de 22 kilomètres dans la ville de Likasi.
Le contrat, évalué à plus de 63 millions de dollars américains, prévoit une durée de concession de 23 ans.
Au-delà de son importance financière, ce projet répond à un besoin concret pour la ville de Likasi. La route de contournement permet de préserver les principales artères urbaines, longtemps détruites par le passage incessant des véhicules poids lourds. Elle constitue également une source importante de recettes destinées au Trésor public.
Mais alors que cette convention court toujours, Martin Kazembe Shula a engagé un bras de fer pour prendre le contrôle de la gestion de cette infrastructure.
Pour justifier cette démarche, le gouverneur intérimaire brandit un prétendu ordre verbal du Chef de l’État.
C’est précisément sur ce point que le dossier prend une tournure extrêmement grave. Utiliser le nom et l’autorité du Président de la République pour remettre en cause un contrat de concession encore en vigueur soulève la question du trafic d’influence et de l’instrumentalisation du pouvoir présidentiel dans un dossier à forts enjeux économiques.
Cette manière de procéder heurte directement les principes de l’État de droit et fragilise les efforts engagés depuis plusieurs années par les autorités nationales pour restaurer la confiance des investisseurs.
La RDC ne peut pas, d’un côté, appeler les investisseurs étrangers à engager leurs capitaux dans les infrastructures et, de l’autre, laisser prospérer des pratiques qui fragilisent les garanties contractuelles accordées à ceux qui ont déjà investi plusieurs dizaines de millions de dollars dans le pays.
L’affaire dépasse désormais le seul cadre administratif du Haut-Katanga.
En chassant des investisseurs chinois d’un projet contractuellement encadré, Martin Kazembe Shula expose également la RDC à une situation susceptible d’affecter ses relations économiques avec la Chine, l’un des principaux partenaires de Kinshasa.
Cette affaire risque surtout de transmettre un message désastreux aux investisseurs internationaux : celui d’un environnement où les contrats peuvent être fragilisés par des conflits de pouvoir et des interventions politiques, même lorsque les engagements ont été conclus en bonne et due forme.
Comme si la crise autour de la route ne suffisait pas, le gouverneur intérimaire a également engagé ses communicateurs dans une bataille sur les réseaux sociaux.
Des publications ont notamment visé la Première ministre ainsi que le ministre national des Infrastructures, John Banza, à travers un article intitulé : « Le bras de fer autour de la manne de Likasi, John Banza au cœur d’un scandale ».
Cette offensive médiatique apparaît comme une tentative de déplacer le débat et de justifier une opération qui se heurte pourtant aux documents régissant la concession et au statut national de cette infrastructure.
La véritable question demeure donc entière : comment une autorité provinciale peut-elle remettre en cause une concession de 23 ans portant sur un investissement de plus de 63 millions de dollars, alors même que le contrat reste en vigueur et que la route est classifiée parmi les infrastructures d’intérêt national ?
Il est désormais temps que le Chef de l’État, Félix Tshisekedi, dont l’action politique a toujours mis en avant la nécessité d’améliorer la gouvernance et le climat des affaires, se penche personnellement sur cette affaire afin de faire toute la lumière sur les responsabilités et de protéger les engagements contractuels pris par la République.
Car derrière la bataille autour de la « manne de Likasi », c’est bien l’image de la RDC, son État de droit et la confiance des investisseurs qui sont aujourd’hui en jeu.
Jusque-là, aucune réaction du gouverneur aï Martin Kazembe ni de ses proches.
Dossier à suivre
