Kinshasa, 17 septembre 2026 – Le dossier des bateaux de pêche acquis par l’État congolais pour 15 millions de dollars refait surface après les révélations du ministre de la Pêche et de l’Élevage, Jean-Pierre Tshimanga Buana, lors de l’exercice de redevabilité du gouvernement sur la RTNC.
Selon ses explications, les caractéristiques de certains navires ne correspondent pas suffisamment aux réalités des eaux congolaises.
À son arrivée au ministère, Jean-Pierre Tshimanga Buana affirme avoir trouvé deux commandes déjà engagées, l’une en Espagne et l’autre en Égypte. Une délégation technique congolaise avait notamment été dépêchée pour vérifier l’existence et l’état des navires construits en Égypte.
Le principal problème relevé concerne la conception de la flotte. Le ministre estime que le dossier d’appel d’offres n’avait pas suffisamment intégré plusieurs contraintes, notamment la longueur limitée de la façade maritime congolaise, estimée à 42 kilomètres, ainsi que la force des courants marins.
Le ministère évoque également l’absence, dans le dispositif initial, de certains équipements nécessaires à l’exploitation, à la maintenance et à la conservation du poisson.
« On a fait des commandes de bateaux de la même catégorie. Ce n’est pas normal. Il fallait commander des catégories différentes », a expliqué le ministre, selon les comptes rendus de son intervention.
Le débat porte notamment sur la distinction entre chalutiers et senneurs. Le ministère indique que la stratégie initiale aurait dû combiner différentes catégories de navires afin de répondre aux caractéristiques des zones de pêche.
Les chalutiers sont notamment destinés à la pêche en profondeur, tandis que les senneurs utilisent principalement des filets encerclants pour capturer les poissons évoluant en bancs.
Cette situation contraste avec les annonces faites en 2024. En septembre de cette année-là, une délégation d’experts congolais dirigée par Daniel Nsongo Fumuankanda avait annoncé des essais « satisfaisants » effectués sur le Nil, concernant huit bateaux fabriqués à Damiette, en Égypte.
La flotte annoncée comprenait cinq unités de 8 mètres et trois navires de 28 mètres, ces derniers devant porter les noms de Patrice Emery Lumumba, Simon Kimbangu et Étienne Tshisekedi.
En juillet 2025, trois de ces navires avaient finalement accosté au port de Banana, dans le territoire de Moanda, avant d’être acheminés vers Boma. Leur acquisition s’inscrivait dans un programme lancé en 2021 pour relancer la pêche industrielle et réduire la dépendance de la RDC aux importations de poissons. Le gouvernement avait annoncé un investissement de 15 millions de dollars sur fonds propres.
Face aux réactions suscitées par ses déclarations, le ministère de la Pêche et de l’Élevage a publié une mise au point le 16 septembre.
Il précise que Jean-Pierre Tshimanga Buana n’a pas déclaré que son prédécesseur avait fait perdre 15 millions de dollars à l’État, ni que les bateaux étaient « non fonctionnels ». Le ministère explique plutôt que leur mise en service a été retardée par plusieurs contraintes techniques et annonce des démarches pour permettre leur opérationnalisation.
