Massacre de Gatumba : 21 ans après, ISGL réclame vérité et réparation

Kinshasa, 14 août 2025- Le 13 août 2004, une attaque d’une brutalité extrême frappe le camp de réfugiés de Gatumba, situé à proximité de Bujumbura, au Burundi. Plus de 160 Congolais Banyamulenge y perdent la vie et une centaine d’autres sont blessés. Le groupe rebelle burundais FNL revendique initialement cette opération sanglante, avant de revenir sur ses propos par la suite.

Pour saisir les origines de ce drame, il faut remonter à août 2003. Après cinq années de conflit, le Gouvernement de Kinshasa, le RCD-Goma et le MLC s’entendent pour former un gouvernement de transition. Une armée intégrée, appelée FARDC, est mise en place, tout comme plusieurs institutions chargées de soutenir la démocratie. Le pays retrouve une unité administrative, et les anciens chefs rebelles rejoignent Kinshasa.

Cependant, l’entente entre ces différentes composantes ne tarde pas à se détériorer. En mai 2004, soit environ un an après la création des FARDC, des tensions éclatent entre le Colonel Jules Mutebutsi, issu de la communauté Munyamulenge et Commandant adjoint de la 10ᵉ Région militaire au Sud-Kivu, et son supérieur, le Général Prosper Nabyolwa. Ce dernier échappe de peu à la mort à Bukavu et se réfugie à Kinshasa.

Peu après, le Général Nabyolwa est remplacé par le Général Félix Budja Mabe, tandis que Mutebutsi conserve son poste de commandant second. L’entente entre les deux officiers reste impossible. Le Général Laurent Nkunda vient alors en renfort de Mutebutsi, et ensemble, ils prennent Bukavu pendant environ une semaine avant de se retirer. Nkunda regagne le Nord-Kivu, tandis que Mutebutsi tente de se replier vers Kamanyola, puis se réfugie à Cyangugu, au Rwanda. L’occupation de Bukavu par leurs troupes s’accompagne d’exactions graves.

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Dès juin 2004, après le retour d’un calme relatif, de nombreux Banyamulenge résidant à Bukavu et à Uvira deviennent la cible de représailles liées aux récents événements. Craignant pour leur sécurité, des milliers franchissent la frontière vers le Burundi. Le HCR installe alors un dispositif d’accueil à Kavimvira, à la frontière.

À Gatumba, sur le territoire burundais, l’organisation met en place l’un des trois camps de transit prévus pour les réfugiés congolais. Ces derniers sont majoritairement Banyamulenge, mais on y trouve aussi des Vira, Fuliru ou Bembe. Pour beaucoup, ce départ s’explique non seulement par la recherche de sécurité, mais aussi par l’espoir d’une réinstallation en Europe ou aux États-Unis. Selon le HCR, environ 20 000 Congolais, dont plus de 70 % de Banyamulenge, franchissent la frontière à cette période.

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Dans la nuit du 13 août 2004, vers 22 h 30, le camp de Gatumba est attaqué. Près de 800 réfugiés s’y trouvent. Les assaillants, probablement venus de Kiliba-ONDS en RDC et parlant Kirundi, Kinyarwanda et Swahili, font irruption. Armes blanches, fusils automatiques, grenades incendiaires et bidons d’essence sont utilisés pour massacrer les occupants et incendier les abris. L’attaque dure plus de deux heures, sans intervention de l’armée burundaise.

Le lendemain, Pasteur Habimana, porte-parole du FNL dirigé par Agathon Rwasa, revendique l’assaut sur les ondes locales et internationales, avant de se rétracter quelques jours plus tard. Les bilans officiels font état de plus de 160 morts.

Le 16 août 2004, un enterrement collectif est organisé à environ 500 mètres du camp. Les enquêtes menées dans les mois suivants, notamment par l’ONU et Human Rights Watch, concluent que le massacre a été méthodiquement préparé et qu’il visait exclusivement la communauté Banyamulenge.

Vingt et un ans après, la douleur reste intacte pour les survivants et les familles. La fédération des mouvements citoyens, Initiative Simama Grands Lacs, appelle la communauté nationale et internationale à rendre justice et à ne pas laisser ces crimes impunis.

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