Kinshasa, 13 décembre 2025- La situation que traverse aujourd’hui la République Démocratique du Congo ne peut plus être traitée comme un simple exercice de communication politique. Elle appelle à poser des actes à la hauteur des mots.
Depuis des mois, les autorités congolaises déclarent, à juste titre, dans les instances nationales et internationales, que notre pays fait face à une guerre injuste qui lui est imposée. Cette qualification n’est plus un simple élément de langage : elle est désormais étayée par des faits reconnus au plus haut niveau international.
Hier encore, au Conseil de sécurité des Nations unies, l’ambassadeur des États-Unis rejoint par plusieurs représentants européens, a confirmé la présence de plus de 7 000 soldats rwandais sur le sol congolais, équipés d’armes sophistiquées : drones kamikazes, missiles sol-air, capacités avancées de surveillance et de projection.
Ces prises de position officielles lèvent toute ambiguïté. Elles constituent une reconnaissance internationale explicite d’une agression militaire structurée et planifiée contre la République démocratique du Congo. Pourtant, malgré l’adoption de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, cette agression se poursuit sans inflexion notable.
L’absence de toute mesure coercitive effective a vidé cette résolution de sa substance, la reléguant au rang de déclaration sans portée opérationnelle. Cette inertie engage désormais la responsabilité politique directe des parrains et témoins internationaux, qui, en s’abstenant de faire respecter leurs propres engagements, contribuent à la banalisation d’une violation grave, répétée et documentée de la souveraineté congolaise.
En tolérant ce décalage entre le droit proclamé et la réalité du terrain, la communauté internationale fragilise le principe même de sécurité collective et envoie un signal dangereux, celui de l’impunité stratégique face à l’agression armée.
Cette réalité pose une question que l’on ne peut plus continuer à esquiver.
Comment accepter que des drones de combat, des drones kamikazes, des missiles sol-air et des systèmes de surveillance sophistiqués, aujourd’hui disponibles sur les marchés internationaux, soient déployés contre la RDC, alors même que ces technologies sont financées par le pillage de nos propres ressources minières ?
Comment expliquer à un peuple agressé que l’État serait incapable de se doter de moyens de défense accessibles sur le marché international, pendant que l’ennemi les acquiert grâce à l’exploitation illicite du coltan, de l’or, du cobalt et d’autres minerais arrachés au sol congolais ?
Cette situation n’est pas seulement une injustice, elle est une aberration stratégique et morale.
Un État dont les ressources financent la guerre menée contre lui ne peut durablement se réfugier derrière l’argument du manque de moyens et de la complicité de la communauté internationale.
La question n’est pas celle de la disponibilité des technologies, mais celle de la mise en œuvre gouvernementale des priorités arrêtées au sommet de l’État, ainsi que de l’utilisation réelle des ressources nationales engagées.
On ne peut demander à une population de consentir des sacrifices au nom de l’effort de guerre tout en laissant perdurer un système où les richesses du pays renforcent l’arsenal de l’agresseur plus efficacement qu’elles ne protègent la Nation.
Face à ce constat, une exigence républicaine s’impose : aligner l’action de l’État sur la gravité du diagnostic posé.
Dès lors qu’il s’agit d’une guerre, l’État doit agir en conséquence, sans demi-mesure ni ambiguïté.
Une partie du territoire national est aujourd’hui placée sous le contrôle effectif d’armées étrangères qui, par groupes armés interposés, ne se contentent plus d’occuper, mais administrent, organisent et exercent un pouvoir de fait, en défiant l’autorité de l’État congolais et en soumettant les populations civiles à des violences insupportables et à la terreur.
Cette réalité est d’autant plus préoccupante qu’elle s’inscrit dans un discours régional de plus en plus décomplexé. Des déclarations publiques de dirigeants voisins, notamment du président ougandais Yoweri Museveni, laissant entendre qu’une partie de la province orientale de la RDC aurait historiquement appartenu à l’Ouganda, révèlent une tentation révisionniste lourde de menaces.
Mis en regard des faits militaires sur le terrain, ces propos ne peuvent être considérés comme de simples opinions historiques. Ils participent d’un climat idéologique qui banalise la remise en cause des frontières issues de l’indépendance, pourtant garanties par le droit international et les principes fondateurs de l’Union africaine.
Ce que nous vivons n’est donc ni une instabilité résiduelle, ni une crise locale, ni une succession d’incidents isolés.
Il s’agit d’une entreprise internationale concertée de déstabilisation et de remise en cause de la souveraineté de la République démocratique du Congo, doublée d’une tentative de légitimation politique et historique de l’atteinte à son intégrité territoriale.
De la parole à l’action : responsabilité gouvernementale et exigence de redevabilité
Qualifier publiquement une situation de « guerre » engage des responsabilités précises. Celles-ci ont déjà eu une traduction concrète : des efforts budgétaires considérables ont été consentis au nom de l’effort de guerre, souvent au prix de renoncements lourds pour la population, dont une partie des ressources destinées au bien-être social a été redirigée vers les impératifs sécuritaires.
La Nation s’est serré la ceinture.
Ces sacrifices n’ont été acceptés que parce qu’ils étaient présentés comme nécessaires à la défense du territoire et à la protection des populations.
Dès lors, une question centrale ne peut plus continuer à être éludée : quel audit rigoureux a été mené sur l’utilisation réelle de ces ressources exceptionnelles ?
Quels mécanismes de traçabilité ont permis de vérifier que ces fonds ont effectivement renforcé les capacités militaires, amélioré l’équipement des forces engagées et accru la protection des civils sur le terrain ?
L’effort demandé au peuple congolais ne peut être légitime que s’il s’accompagne d’une exigence absolue de transparence, d’efficacité et de résultats mesurables. Lorsqu’un pays est en guerre, chaque franc engagé doit produire un effet tangible sur la défense nationale. À défaut, la fracture entre l’État et la population s’approfondit dangereusement.
Dans ce cadre, la responsabilité du Parlement est déterminante.
Que fait-il concrètement pour exercer son pouvoir constitutionnel de contrôle sur l’exécution du budget de la défense ?
Quels rapports ont été produits, quels responsables entendus, quelles recommandations effectivement suivies d’effets ?
Le contrôle parlementaire ne peut se réduire à une formalité administrative. En temps de guerre, il constitue un pilier de la crédibilité de l’État, un instrument de discipline budgétaire et un facteur de confiance nationale.
Cette exigence de redevabilité ne concerne pas seulement les institutions : elle engage l’ensemble de celles et ceux qui exercent une parcelle de pouvoir dans la République.
Responsabilité historique des élites
Cette situation engage une responsabilité historique majeure des élites politiques, administratives et économiques.
Dans les temps ordinaires, les dérives de gouvernance fragilisent l’État.
En temps d’agression, elles deviennent une faute politique grave. Chaque dollar détourné, chaque priorité dévoyée, chaque complaisance envers la prédation interne affaiblit directement la capacité de défense nationale.
L’histoire ne jugera pas les élites congolaises à l’aune de leurs discours, mais à celle de leurs actes.
Être une élite, en temps de guerre, ce n’est pas occuper un poste : c’est assumer une charge, accepter des renoncements et placer la survie de la Nation au-dessus de toute autre considération.
La légitime défense : un devoir d’État
La légitime défense n’est ni une posture idéologique ni un appel à l’escalade.
Elle est un droit reconnu par le droit international et un devoir constitutionnel pour tout État agressé.
Lorsqu’un territoire est occupé et que des forces étrangères opèrent ouvertement sur le sol national avec des moyens militaires sophistiqués, le recours à la légitime défense cesse d’être une option pour devenir une obligation régalienne.
Diversifier les alliances : une exigence du monde multipolaire
Le monde n’est plus unipolaire. Il est désormais multipolaire, structuré autour de plusieurs centres de puissance et d’influence.
Les BRICS, aux côtés d’autres pôles émergents, constituent aujourd’hui des réalités géopolitiques, économiques et financières incontournables.
Face à cette recomposition mondiale, il est impératif de sortir des peurs idéologiques héritées d’un autre siècle.
Le communisme, tel qu’il était perçu durant la guerre froide, n’existe plus comme système d’exportation idéologique. Les États qui composent aujourd’hui les BRICS participent pleinement à l’économie mondiale, coopèrent avec les puissances occidentales et constituent, pour de nombreux pays émergents, des partenaires de développement concrets et pragmatiques.
La République démocratique du Congo, qui nourrit légitimement l’ambition de changer de statut et de devenir une puissance émergente, n’a aucune raison de s’enfermer dans une dépendance exclusive à un seul espace géopolitique, surtout lorsque certains acteurs entretiennent des ambiguïtés persistantes à l’égard de l’agresseur.
La diversification des alliances n’est ni une provocation ni une rupture.
Elle relève de l’exercice normal de la souveraineté d’un État responsable, guidé par ses intérêts vitaux : la sécurité, l’intégrité territoriale, le développement et la protection de son peuple.
La cohérence de la parole de l’État
Aucune stratégie de défense ne peut être crédible sans une cohérence stricte de la parole publique de l’État.
Reconnaître officiellement une agression étrangère tout en laissant prospérer, au sein même de la majorité au pouvoir, des discours hésitants, fragmentés ou contradictoires affaiblit la dissuasion, nourrit le doute et encourage l’agresseur.
À cet égard, l’Union sacrée de la Nation, socle politique du pouvoir, porte une responsabilité particulière.
Les silences prolongés comme les prises de position dissonantes de certains de ses ténors constituent, en temps de guerre, pour le moins, une faute de discipline républicaine.
La pluralité politique ne saurait se transformer en cacophonie stratégique.
Parler d’une seule voix sur l’essentiel – la souveraineté, l’intégrité territoriale et la défense de la Nation – n’est pas un luxe politique. c’est une nécessité vitale.
Une ligne constante et assumée
Les positions défendues ici ne relèvent de ma part, ni de l’émotion du moment ni de l’opportunisme.
Elles s’inscrivent dans une ligne souverainiste constante, exprimée de longue date dans mes différentes tribunes et prises de position publiques.
Soutenir le Chef de l’État ne signifie ni se taire ni édulcorer la réalité.
La loyauté républicaine consiste à renforcer la position de l’État, non à masquer ses faiblesses.
Appel solennel aux institutions de la République
J’en appelle solennellement aux institutions de la République.
Au Président de la République, garant de l’intégrité territoriale, pour la clarté stratégique et la fermeté républicaine.
Au Gouvernement, pour la traduction immédiate de cette clarté en actes, par des choix budgétaires, sécuritaires et institutionnels à la hauteur de la guerre imposée à notre pays.
Au Parlement, pour l’exercice plein de son rôle de contrôle, d’orientation et de redevabilité.
Aux élites de ce pays, l’histoire adresse une interpellation directe : lorsque l’intégrité nationale est menacée, l’unité n’est pas un slogan, c’est un devoir.
La République Démocratique du Congo est à un moment de vérité.
La paix que nous recherchons ne sera ni factice ni humiliante. Elle sera fondée sur le respect, la dissuasion et la restauration intégrale de l’autorité de l’État.
Être patriote aujourd’hui, ce n’est ni flatter ni se taire.
C’est dire la vérité et assumer les choix difficiles qu’impose la défense de la Nation.
La RDC vivra.
Sa souveraineté triomphera.
