Kinshasa, 02 août 2025- À l’occasion de la commémoration du début de la deuxième guerre du Congo, le Dr Denis Mukwege, Prix Nobel de la paix, a pris une nouvelle fois la parole pour alerter sur la situation dramatique dans l’Est de la RDC. Son message, empreint de lucidité et d’indignation, dresse un constat sévère de la crise sécuritaire qui mine les Kivus depuis plusieurs décennies.
Dans sa déclaration, le célèbre gynécologue a fustigé ce qu’il qualifie de « plan de balkanisation de la RDC », dénonçant une stratégie en cours d’exécution sous les yeux du monde. Il pointe du doigt le M23-AFC et ses alliés, notamment l’Armée rwandaise, qu’il accuse d’instaurer un régime de peur dans les zones minières congolaises pour y imposer une forme d’autonomie sous couvert de revendications fédéralistes.
Selon le Dr Mukwege, ces initiatives ne sont pas isolées. « Ces revendications s’inscrivent dans un plan bien huilé des acteurs de la déstabilisation de la Nation congolaise », a-t-il affirmé, en mettant en garde contre le risque réel de voir émerger un nouvel État dans la région orientale du pays.
Il a également lancé un cri d’alarme à l’adresse des Congolais, en appelant à un sursaut collectif : « Si nous ne nous réveillons pas aujourd’hui, nous risquons d’être la dernière génération à avoir grandi dans les frontières actuelles de la RDC », a-t-il averti, soulignant l’urgence de défendre l’intégrité territoriale.
Dans son analyse, Denis Mukwege lie cette guerre prolongée à une volonté planifiée depuis 1998 d’exploiter illicitement les richesses minières congolaises. Il dénonce une «logique extractiviste néocoloniale» qui continue d’alimenter les conflits, facilitée par des accords de paix expéditifs, peu transparents et souvent imposés sans réelle consultation des populations concernées.
Face à cette situation, il exhorte les autorités congolaises à adopter une posture ferme sur la scène internationale. Il recommande la création d’un Tribunal pénal international pour juger les crimes commis en RDC, l’adoption de sanctions ciblées contre les responsables de l’agression, et l’application rigoureuse de la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU.
Le Prix Nobel insiste sur le rôle déterminant de la diplomatie congolaise, qui doit porter haut les revendications de justice et de souveraineté nationale. Il met également en garde contre la tentation d’attendre des solutions venues de l’extérieur.
« Personne ne viendra sauver le Congo à notre place », a-t-il martelé, appelant à une mobilisation générale, à la vigilance et à un engagement patriotique pour tourner la page des violences et reconstruire une paix durable dans le respect de la dignité humaine.
