Bukavu, août 2025 – La société civile et plusieurs mouvements citoyens du Sud-Kivu, dont Parlement Debout, Jogo za Serkali, Congo Telema et Les Indignés, tirent la sonnette d’alarme face au risque d’affrontements sanglants autour du litige foncier concernant l’immeuble communément appelé Ciné Rwasiko, situé sur l’avenue Patrice-Emery Lumumba, dans la ville de Bukavu.
Ce conflit, qui oppose la succession Angélopoulos – Chem Chem à l’Église Néo-Apostolique, remonte à plusieurs décennies et continue d’alimenter des tensions dans la capitale provinciale. Les mouvements citoyens craignent que l’absence d’une résolution impartiale n’entraîne de graves troubles à l’ordre public.

Selon les archives foncières, la parcelle en litige a été acquise en 1952 par M. Angélopoulos Nicos, qui y fit ériger une maison dès 1955. Après son décès, le titre de propriété fut transféré à son fils, Yavirunga Chem Chem André, par un certificat d’enregistrement délivré le 18 février 1983 (Vol. F.78, Folio 65). Ce titre, d’après les services cadastraux de Bukavu, n’a jamais subi de mutation ni de vente officielle.
À la suite du décès de M. Yavirunga, son héritier, Angélopoulos Chem Chem Yann, fut désigné liquidateur de la succession. Celui-ci affirme avoir obtenu des jugements ordonnant le rétablissement de ses droits, mais dénonce des « blocages politiques » qui auraient freiné l’exécution de ces décisions.

Initialement mis en location à la société cinématographique Van Hiffen en 1970, l’immeuble aurait été cédé de manière irrégulière à un acteur politique de l’époque, M. Rwakabuba, en 1974, sans acte légal. Ce dernier l’aurait ensuite transféré à l’Église Néo-Apostolique en 1999. L’Église a alors obtenu un certificat d’enregistrement contesté, fondé sur des documents jugés « irréguliers » par la succession.
La succession Chem Chem affirme que plusieurs jugements ont déjà annulé les titres obtenus en superposition et ordonné la restitution du bien. Toutefois, ces décisions n’auraient jamais été exécutées, toujours selon ses représentants.

L’Église Néo-Apostolique, de son côté, revendique la propriété du site en invoquant la prescription acquisitive, arguant de son occupation continue depuis plus de 15 ans. Une position contestée par la partie adverse, qui rappelle que la loi foncière de 1974 n’autorise pas ce mode d’acquisition.
Face à cette impasse judiciaire et à la sensibilité du dossier, les organisations citoyennes exhortent les autorités judiciaires et politiques à agir avec impartialité et célérité afin d’éviter une escalade. Elles préviennent que la mobilisation des fidèles de l’Église et des membres de la famille Chem Chem pourrait dégénérer en violences si le dossier n’est pas tranché rapidement et dans le respect de la loi.
