Kinshasa, 29 novembre 2025-L’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP) a dénoncé ce 27 novembre 2025 l’initiative du ministre de l’Intérieur visant à organiser un « contrôle approfondi » des finances de la Ville de Kinshasa, estimant qu’elle viole la Constitution et porte atteinte à l’autonomie provinciale.
Dans son communiqué de ce vendredi dont la copie réservée à Enquete.cd, l’organisation rappelle que les provinces, dotées de la personnalité juridique, jouissent d’une autonomie administrative, financière et organisationnelle garantie par l’article 3 de la Constitution, tandis que l’article 197 protège la libre administration des entités décentralisées contre toute immixtion illégale.
L’ODEP souligne que seules trois institutions sont habilitées à exercer un contrôle sur la gestion financière provinciale : la Cour des comptes pour l’audit externe, l’Inspection générale des finances lorsqu’elle est régulièrement saisie, et les Assemblées provinciales investies du contrôle politique, administratif et budgétaire. D’après cette organisation, toute initiative du ministère de l’Intérieur en dehors de ce cadre constitue, selon l’organisation, une violation de l’autonomie provinciale, une immixtion illégale dans la gestion des finances locales et un précédent dangereux pour l’État de droit.
Si l’ODEP reconnaît les inquiétudes légitimes de la population face à la situation actuelle de Kinshasa, marquée par l’insécurité croissante, la dégradation de la salubrité publique, le recul des services sociaux et les difficultés de l’administration provinciale à répondre aux attentes citoyennes, elle estime que la réponse à ces dysfonctionnements ne peut jamais passer par l’illégalité. Pour l’organisation, même un contrôle nécessaire ne devient légitime que lorsqu’il respecte la Constitution et la loi, pierre angulaire de l’État de droit.
Par contre, L’ODEP appelle au strict respect des compétences institutionnelles afin d’éviter toute dérive centralisatrice ou toute instrumentalisation administrative. Elle exhorte notamment la Cour des comptes à jouer pleinement son rôle essentiel pour assainir la gestion provinciale, l’Inspection générale des finances à intervenir uniquement dans son cadre légal, et les Assemblées provinciales à renforcer la redevabilité politique.
En outre, l’ODEP insiste sur la nécessité de viser un renforcement de l’intégrité publique, et non une extension irrégulière des compétences administratives. L’État de droit ne doit jamais être sacrifié sous prétexte d’efficacité.
