Kinshasa, 18 avril 2026- L’Institut de recherche en droits humains (IRDH) dénonce une violation des normes internationales après l’arrivée à Kinshasa de demandeurs d’asile transférés depuis les États-Unis vers la République démocratique du Congo.
Réagissant à cette opération migratoire controversée, l’organisation basée à Lubumbashi parle d’un mécanisme illégal d’externalisation des obligations de protection.
Dans un communiqué publié le 17 avril 2026, l’IRDH affirme qu’un premier groupe d’environ 45 demandeurs d’asile, majoritairement originaires d’Amérique latine, a été acheminé à Kinshasa à bord d’un vol privé opéré par la compagnie Omni Air International. L’appareil, en provenance de la Louisiane, aurait effectué des escales à Dakar et Accra avant d’atterrir à l’aéroport international de N’djili dans la nuit.
Les personnes concernées auraient ensuite été conduites dans un complexe hôtelier sous surveillance de la Police nationale congolaise.
Pour l’organisation, cette opération marque l’application concrète d’un accord migratoire entre Kinshasa et Washington, qu’elle considère comme contraire au droit international. L’IRDH évoque notamment une atteinte au principe de non-refoulement et à l’interdiction des transferts forcés de populations civiles, tels que consacrés par le droit international humanitaire et les instruments juridiques relatifs aux réfugiés.
L’institut critique également l’absence d’examen individuel des dossiers des migrants, estimant que leur transfert en groupe constitue une forme d’expulsion collective prohibée par les textes africains et internationaux.
Il met en garde contre un précédent « dangereux », dans lequel un État tiers serait utilisé pour accueillir des demandeurs d’asile sans garanties suffisantes de protection.
Au-delà de l’aspect juridique, l’IRDH remet en cause la nature même de cet accord, qu’il ne considère pas comme une coopération humanitaire. L’organisation y voit plutôt un arrangement politique dans lequel la RDC accepterait d’assumer une charge migratoire en contrepartie d’intérêts stratégiques, notamment sécuritaires.
Dans son analyse, l’IRDH estime que la RDC pourrait être exposée à une responsabilité internationale pour complicité de traitements inhumains ou dégradants, en acceptant d’accueillir ces migrants dans des conditions qu’elle juge préoccupantes. Elle s’inquiète également de la transformation présumée du site d’hébergement en une « zone de rétention » financée par les États-Unis.
Face à cette situation, l’organisation formule plusieurs recommandations. Elle appelle le gouvernement congolais à suspendre immédiatement l’application de l’accord et à en publier les termes pour un examen public.
Elle exhorte également les autorités américaines à mettre fin à cette politique d’externalisation de l’asile et à assumer leurs responsabilités en matière de traitement des demandes.
Enfin, l’IRDH invite le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés à intervenir rapidement afin d’obtenir un accès aux migrants concernés et de veiller au respect de leurs droits fondamentaux. Une prise de position qui relance le débat sur la gestion de cette opération migratoire et ses implications juridiques et humanitaires.
