Kinshasa, 10 juin 2026-Le ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU) organise ce mercredi des colloques scientifiques simultanément à Kinshasa, Kisangani et Lubumbashi autour des vingt années d’application de la Constitution du 18 février 2006.
Présentée comme une initiative académique visant à évaluer les forces, les faiblesses et les perspectives d’amélioration du texte fondamental, cette démarche intervient dans un climat politique particulièrement sensible.
L’organisation de ces rencontres survient en effet au lendemain de l’adoption par l’Assemblée nationale de la proposition de loi référendaire, un texte qui ravive le débat sur une éventuelle réforme constitutionnelle en République démocratique du Congo.
Selon les autorités académiques et gouvernementales, ces colloques ont pour objectif de permettre aux chercheurs, constitutionnalistes, juristes et universitaires d’examiner, avec un regard scientifique, deux décennies de pratique constitutionnelle afin de dégager des pistes de réflexion pour l’avenir des institutions congolaises.
Cependant, l’opposition politique voit dans cette initiative une démarche loin d’être anodine. Plusieurs acteurs opposés au pouvoir estiment que le choix du calendrier n’est pas le fruit du hasard. Ils soupçonnent le gouvernement de chercher à obtenir une légitimation académique d’un projet de révision ou de changement de la Constitution.
Pour ces opposants, le débat actuel dépasserait le simple cadre scientifique et s’inscrirait dans une dynamique politique visant à préparer l’opinion publique à des modifications constitutionnelles susceptibles de favoriser le maintien au pouvoir du président Félix Tshisekedi au-delà des limites prévues par la Constitution actuelle.
De son côté, la majorité présidentielle continue de rejeter ces accusations. Ses responsables soutiennent que toute réflexion sur la Constitution relève d’un exercice démocratique normal et qu’aucun débat intellectuel ne devrait être interdit dans un État de droit.
Les discussions organisées dans les trois grandes villes universitaires du pays devraient réunir des spécialistes de diverses disciplines, avec pour mission d’analyser l’évolution des institutions, le fonctionnement de l’État et les défis rencontrés dans l’application du texte constitutionnel depuis son entrée en vigueur.
Il convient de noter que le débat sur l’avenir de la Constitution reste l’un des sujets politiques les plus sensibles du moment en RDC.
Alors que la majorité défend le droit d’examiner les performances du texte actuel, l’opposition continue d’alerter sur les risques d’une réforme qu’elle considère comme susceptible de remettre en cause les équilibres institutionnels établis depuis 2006.
