Kinshasa, 2 juillet 2026 – Un peu plus de six mois après la signature à Washington d’un accord de paix entre la République démocratique du Congo et le Rwanda sous l’impulsion de l’administration de Donald Trump, cet engagement diplomatique est aujourd’hui présenté comme gravement fragilisé. Dans une analyse publiée par Foreign Affairs, les chercheurs Joshua Z. Walker, Reagan Miviri et Jason K. Stearns estiment que les choix stratégiques américains risquent de compromettre les objectifs de stabilité dans la région des Grands Lacs.
Les auteurs rappellent qu’au moment même où l’accord était conclu en décembre 2025, des forces rwandaises étaient déjà déployées dans le Sud-Kivu en préparation d’une nouvelle offensive.
Quelques jours seulement après la signature du texte, la ville d’Uvira tombait sous le contrôle du M23, illustrant, selon eux, le décalage entre les engagements diplomatiques et la réalité sur le terrain.
L’analyse met également en cause l’approche de Washington, jugée trop transactionnelle. Les chercheurs estiment que les États-Unis ont privilégié la sécurisation de leur accès aux minerais stratégiques de la RDC, notamment le cobalt, le cuivre et le lithium, tout en exerçant une pression inégale sur les deux parties au conflit.
Si Kigali a fait l’objet de sanctions, Kinshasa aurait bénéficié d’un traitement plus conciliant en raison des intérêts américains liés aux ressources minières congolaises.
Les auteurs attirent aussi l’attention sur les conséquences politiques de cette stratégie. Ils évoquent des inquiétudes croissantes quant à une possible dérive autoritaire en République démocratique du Congo. Selon leur analyse, certains proches du président Félix Tshisekedi seraient convaincus que les États-Unis pourraient fermer les yeux sur un éventuel troisième mandat présidentiel en contrepartie d’un accès renforcé aux minerais critiques du pays.
Face à cette situation, Foreign Affairs recommande à l’administration américaine de revoir sa stratégie. Les chercheurs estiment que Washington devrait exiger du gouvernement congolais le respect des dispositions constitutionnelles relatives à la limitation des mandats présidentiels, tout en encourageant des compromis dans les discussions avec le M23 afin d’éviter un enlisement durable du conflit.
Selon cette analyse, l’échec d’une telle réorientation risquerait non seulement de prolonger l’instabilité dans l’est de la RDC, mais également de compromettre l’objectif stratégique des États-Unis visant à réduire leur dépendance aux chaînes d’approvisionnement dominées par la Chine pour les minerais critiques.
