Kinshasa, 22 septembre 2026 — Le débat autour du dialogue national annoncé par le président Félix-Antoine Tshisekedi prend une nouvelle dimension. Dans une déclaration rendue publique en septembre 2026, le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege exprime des réserves sur les conditions actuelles de ce processus et avance plusieurs préalables.
Le chef de l’État avait officiellement annoncé, le 27 août, l’ouverture d’un Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État. Le processus prévoit notamment des consultations dans les 26 provinces, avant des assises nationales à Kinshasa, pour une durée maximale annoncée de trois mois.
Denis Mukwege estime que l’initiative devrait être portée par un acteur neutre afin de garantir les conditions d’un dialogue qu’il considère comme véritablement inclusif. Il regrette également l’absence, selon lui, de mesures préalables de décrispation politique.
« Nous regrettons que cette initiative ne vienne pas d’un acteur neutre et qu’elle ne soit pas précédée de mesures de décrispation politique », indique-t-il dans sa déclaration.
Cette prise de position intervient alors que la préparation du dialogue reste pilotée par les institutions issues du pouvoir en place. Le président Tshisekedi a notamment mis en place un mécanisme chargé de préparer la commission devant organiser le processus.
Sur le plan sécuritaire, l’ancien candidat à la présidentielle lie également la portée nationale du dialogue à la situation du pays. Selon lui, une concertation véritablement nationale devrait intervenir après le rétablissement de la souveraineté de l’État sur l’ensemble du territoire congolais.
Cette position est formulée dans un contexte où plusieurs zones de l’est de la RDC restent affectées par les violences armées. Le gouvernement, de son côté, présente le dialogue comme un processus destiné à renforcer la paix, la cohésion nationale et la refondation de l’État.
Denis Mukwege aborde par ailleurs la question de la réforme constitutionnelle. Il demande au pouvoir de reporter ce débat, estimant que le contexte actuel de conflit armé et de crise sanitaire ne s’y prête pas.
Le Prix Nobel de la paix invoque notamment les articles 219 et 220 de la Constitution, qu’il cite pour appuyer son appel à ne pas engager une révision constitutionnelle dans la période actuelle. Cette position rejoint une prise de position qu’il avait déjà rendue publique en mai 2026 sur le débat constitutionnel.
L’article 219 prévoit notamment qu’aucune révision constitutionnelle ne peut intervenir pendant l’état de guerre, l’état d’urgence ou l’état de siège, tandis que l’article 220 protège certaines dispositions, notamment celles relatives au nombre et à la durée des mandats présidentiels.
L’initiative présidentielle continue ainsi de susciter des réactions contrastées dans la classe politique et au sein de la société congolaise. Alors que Félix Tshisekedi défend un processus national articulé autour de consultations provinciales et d’assises à Kinshasa, Denis Mukwege met en avant des conditions préalables portant sur la neutralité du processus, l’apaisement politique et la situation sécuritaire.
Le débat porte désormais autant sur le principe du dialogue que sur ses modalités, ses garanties d’inclusivité et son calendrier. Le gouvernement affirme, pour sa part, que le processus doit se dérouler en RDC sans remettre en cause les institutions existantes et qu’il doit s’articuler avec les démarches engagées à Washington et à Doha concernant la crise dans l’est du pays.
