Kinshasa, 03 août 2025- Les deux chambres du parlement, à savoir l’Assemblée nationale et le Sénat, sont appelées à adopter une résolution reconnaissant les génocides perpétrés en RDC. C’est l’appel lancé par le président Félix Tshisekedi, samedi 2 août, lors de la cérémonie commémorative du GÉNOCOST (génocide congolais) motivé par des intérêts économiques au Mémorial de Kinshasa.
S’exprimant devant plusieurs hautes personnalités, le chef de l’État a exhorté les institutions parlementaires à se saisir de cette question avec diligence. « J’appelle solennellement les deux chambres du parlement à examiner dans les meilleurs délais l’adoption d’une résolution officielle, proclamant au nom de la Nation, la reconnaissance des génocides commis sur notre sol. Ce ne serait pas qu’un symbole, mais un acte souverain de vérité et de mémoire », a-t-il déclaré avec insistance.
Reconnaissant le manque de consensus international sur cette tragédie, Félix Tshisekedi a affirmé que la RDC ne saurait attendre la validation extérieure pour exprimer sa souffrance. « Si le monde hésite encore à reconnaître cette tragédie pour ce qu’elle est – un génocide rampant –, nous n’attendrons pas que d’autres valident notre douleur. Nous en sommes les premiers témoins, nous en serons les premiers artisans de justice », a-t-il souligné.
Dans une tonalité empreinte de gravité, le président a précisé que cette démarche vise à restaurer la dignité du peuple congolais et à raviver l’espérance. « Le combat que nous menons est celui de la vérité, de la dignité et de l’espérance. Il est celui d’un peuple debout qui refuse l’oubli », a-t-il poursuivi, saluant au passage les efforts des associations de victimes, des chercheurs et de la société civile pour maintenir vivante la mémoire nationale.
Abordant la nature du conflit qui déchire le pays depuis des décennies, le président Tshisekedi a décrit une guerre d’agression aux ramifications bien au-delà du champ militaire. Selon lui, il s’agit d’un projet économique destructeur, ciblant non seulement les ressources naturelles mais aussi l’identité collective du peuple congolais. « Ce conflit se transformait en une entreprise prédatrice à visée économique… jusqu’à prendre les traits d’une logique d’inspiration génocidaire », a-t-il dénoncé.
Il a également tenu à rappeler les noms de plusieurs localités ayant été théâtre de massacres indicibles. Après une minute de silence en mémoire des victimes, Félix Tshisekedi a confié que ce silence devait être perçu comme un cri. « Kasika, Makobola, Katogota… ne sont plus des simples repères géographiques, ils sont devenus les stigmates d’un drame humain. Le silence que nous venons de garder résonne comme un cri, un appel à la justice », a-t-il insisté.
La commémoration du GENOCOST, organisée chaque 2 août, a été instituée il y a trois ans par le gouvernement congolais. Elle rend hommage aux millions de victimes des guerres et violences liées à l’exploitation illégale des ressources naturelles. Cette journée vise à inscrire ces crimes dans la mémoire nationale, afin d’éviter qu’ils ne tombent dans l’oubli.
L’origine juridique de cette commémoration se trouve dans l’article 28 de la loi du 26 décembre 2022, qui fixe les principes fondamentaux relatifs à la protection et à la réparation des victimes de violences sexuelles en lien avec les conflits, ainsi que celles des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité.
Instituée par cette même loi, la Commission interinstitutionnelle d’aide aux victimes et de soutien aux réformes (CIA-VAR), accompagnée du Fonds National de Réparation (FONAREV), joue un rôle central dans l’accompagnement du processus de justice transitionnelle en RDC. Leurs missions incluent notamment la proposition de réformes institutionnelles et le suivi des programmes d’aide aux victimes.
Enfin, les missions du FONAREV couvrent un large éventail de responsabilités, notamment identifier les victimes, leur garantir l’accès à la justice et leur fournir les réparations nécessaires. Par cette mobilisation institutionnelle et mémorielle, le pays affirme sa volonté de se réconcilier avec son histoire et de construire une paix durable fondée sur la justice et la vérité.
