Kinshasa, 07 août 2025- Le procès de Constant Mutamba, ancien ministre d’État à la Justice, s’est transformé en théâtre d’interrogations judiciaires et de suspicions politiques. Ce qui devait être une démonstration de rigueur judiciaire s’apparente de plus en plus à un dossier bâclé, agité au rythme d’intérêts obscurs.
Lors de l’audience du 6 août, tous les regards étaient tournés vers la Cour de cassation. Pourtant, l’absence remarquée de la Première ministre Judith Suminwa, pourtant citée dans le dossier, a jeté une ombre sur la crédibilité de la procédure. Pendant ce temps, des témoins clés ont comparu, apportant un éclairage dérangeant pour l’accusation.
Leurs témoignages n’ont pas seulement remis en question les éléments avancés par le parquet ; ils ont également renforcé la défense de l’ex-garde des sceaux. Aucun élément matériel probant n’a, à ce stade, réussi à lier formellement l’ancien ministre Mutamba aux faits de détournement évoqués.
Plus encore, la structure même du dossier semble vaciller. De nombreux observateurs dénoncent un procès précipité, probablement construit dans un but politique d’écarter Mutamba d’une scène nationale où il jouit encore d’une influence certaine.
Le comportement du ministère public aggrave cette perception. À commencer par le refus de comparaître de Maître Adler Kisula, haut responsable à la CENAREF et instigateur du dossier. En invoquant la loi pour échapper à la barre, il affaiblit la transparence d’un procès déjà fragile.
En revanche, des témoins comme Christian Kalume et Bolema Kombozi ont apporté des informations accablantes pour l’accusation. Kalume n’a pas hésité à pointer une défaillance administrative au sein même de la Primature, remettant en cause la réactivité voire la compétence de la cheffe du gouvernement.
Sur un autre front, le représentant du GUCE est venu certifier la légalité de la société Zion Construction, au centre de l’affaire. Une information que le parquet semble avoir ignorée, au point de lancer un avis de recherche injustifié contre l’un de ses anciens actionnaires, Willy Musheni.
Ces éléments, s’ils étaient pris en compte avec impartialité, suffiraient à requalifier l’affaire. D’autant que le projet de construction de la prison à Kisangani, cœur du litige, a été confirmé par un responsable administratif comme bien réel et actif.
Face à ce délitement, la stratégie du ministère public commence à rappeler celle d’un autre fiasco judiciaire, l’affaire des forages. Dans les deux cas, la faiblesse des preuves tranche avec l’emballement médiatique et politique qui entoure le procès.
Mutamba, de son côté, parle ouvertement d’un « complot » orchestré par un trio influent. Ses avocats ont d’ailleurs récusé deux juges, une action jugée légitime par des défenseurs des droits humains, dont Jean-Claude Katende, qui rappelle que la confiance du justiciable est un principe fondamental du procès équitable.
À l’évidence, cette affaire dépasse le strict cadre judiciaire. Elle devient une parabole des fragilités d’un système judiciaire souvent accusé d’être manipulé par le pouvoir. Une justice instrumentalisée n’est plus garante de l’État de droit, mais complice de sa dérive.
Si la Cour de cassation ne parvient pas à restaurer la rigueur et l’équité dans cette procédure, elle court le risque de perdre toute autorité morale. Et si Mutamba venait à être blanchi, ce serait moins une victoire de l’accusé qu’un signal d’alarme sur l’état préoccupant de la justice congolaise.
