Kinshasa, 01 octobre 2025- A l’occasion des 15 ans de la publication du rapport Mapping des Nations unies, le prix Nobel de la paix Denis Mukwege a dénoncé, mercredi, de « graves allégations de corruption et de détournements » visant les deux mécanismes de réparation en RDC, le FONAREV et le FRIVAO. Ces fonds étaient censés indemniser les victimes de violences sexuelles, de crimes de guerre et des exactions commises par l’armée ougandaise sur le territoire congolais.
« Ces allégations doivent être enquêtées de manière indépendante par la justice pour éviter que la RDC n’apparaisse comme un État patrimonial et prédateur insultant les victimes congolaises et la mémoire de millions de morts », a souligné le gynécologue congolais dans un communiqué.
Le FONAREV, créé en 2022, devait constituer un premier pas vers un mécanisme de justice transitionnelle. Le FRIVAO, quant à lui, a été institué après l’arrêt historique du 9 février 2022 rendu par la Cour internationale de justice (CIJ), condamnant l’Ouganda à verser 325 millions de dollars à la RDC pour les crimes commis lors de l’occupation de l’Est congolais entre 1998 et 2003.
Selon un rapport du CREFEDL, plus de 100 millions de dollars sur les 195 millions déjà reçus par Kinshasa n’auraient pas été utilisés pour indemniser les victimes, contrairement à l’objectif initial. La direction du FRIVAO a rejeté ces accusations, les qualifiant d’« erronées ».
Denis Mukwege a également pointé « l’absence de volonté politique » des autorités congolaises pour appliquer les recommandations du rapport Mapping, publié le 1er octobre 2010 par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme. Ce document avait recensé 617 incidents violents survenus entre 1993 et 2003, certains constituant potentiellement des crimes contre l’humanité ou des crimes de génocide.
Le prix Nobel a enfin réitéré son appel à la création d’un Tribunal pénal spécial en RDC et de chambres spécialisées mixtes, afin que les « responsables politiques et militaires des crimes internationaux » soient tenus pour responsables. « On ne construira pas la paix sur des mensonges et la mauvaise foi », a-t-il insisté, appelant la Cour pénale internationale à poursuivre ses enquêtes dans le pays et exhortant les États européens à recourir au principe de compétence universelle.
