Kinshasa, 04 septembre 2026 – Nicolas Kazadi n’a pas mâché ses mots. Invité mercredi au Space live animé par le journaliste Stanis Bujakera, l’ancien ministre des Finances a livré une sévère mise au point sur le recours de la République démocratique du Congo aux Eurobonds, avec, en toile de fond, un message difficile à dissocier de la politique menée aujourd’hui par son successeur, Doudou Fwamba Likunde.
Sa formule est lapidaire : « Lever des fonds ne signifie pas créer de la richesse. »
Nicolas Kazadi affirme que lorsqu’il était à la tête du ministère des Finances, il avait la possibilité de lancer une opération d’Eurobond, mais qu’il avait choisi de ne pas engager la RDC sur cette voie. Son argument : pourquoi s’endetter à des taux commerciaux alors que des milliards de dollars restaient encore à décaisser ou que des ressources déjà disponibles pouvaient être davantage exploitées ?
Pour l’ancien ministre, la question n’est donc pas simplement de savoir combien l’État congolais peut emprunter, mais surtout ce que cet argent permet réellement de produire.
La sortie prend une dimension politique lorsqu’il oppose implicitement sa conception de la gestion financière à celle de l’actuelle équipe des Finances. Sans citer directement Doudou Fwamba, Nicolas Kazadi semble mettre en garde contre une approche qui ferait de la capacité à mobiliser des capitaux internationaux une performance suffisante.
Car pour lui, lever plusieurs milliards n’est pas une fin en soi. Encore faut-il que ces ressources se transforment en investissements productifs, en emplois, en recettes publiques et, surtout, en richesse durable pour le pays.
Kazadi reconnaît néanmoins que l’émission d’un Eurobond peut améliorer l’image financière de la RDC et renforcer sa crédibilité auprès des investisseurs. Mais il refuse que cette visibilité soit confondue avec une véritable performance économique.
Son avertissement est sans détour : un Eurobond n’est pas un trophée à exhiber, c’est une dette à rembourser.
Derrière l’annonce de milliards mobilisés se trouve donc une réalité financière incontournable : le capital emprunté devra être remboursé, avec ses intérêts. La question fondamentale devient alors celle de la rentabilité économique et sociale des sommes engagées.
Combien d’emplois seront créés ? Combien d’infrastructures productives seront construites ? Combien de recettes supplémentaires l’État pourra-t-il générer ? Et surtout, les investissements financés permettront-ils à la RDC de produire davantage de richesses qu’elle n’en aura à rembourser ? C’est précisément sur ce terrain que Nicolas Kazadi entend placer le débat.
Son intervention apparaît ainsi comme un véritable réquisitoire contre la tentation de présenter l’accès aux marchés financiers comme une victoire économique en soi. Pour lui, un État ne devient pas plus riche simplement parce qu’il est capable de s’endetter davantage.
Cette sortie intervient également dans un contexte où la RDC cherche à diversifier ses sources de financement pour répondre à ses besoins budgétaires et soutenir ses investissements. Elle remet donc au centre une question sensible : jusqu’où Kinshasa peut-il recourir à la dette sans compromettre ses marges de manœuvre futures ?
Avec son franc-parler habituel, Nicolas Kazadi semble avoir choisi de poser cette question publiquement, quitte à provoquer un malaise au sein de l’actuelle équipe économique.
Au fond, son message est simple : le véritable succès d’un gouvernement ne se mesure pas au montant qu’il parvient à emprunter, mais à la richesse qu’il parvient à créer avec les ressources dont il dispose.
