Au cœur du pillage : comment l’armée et la famille présidentielle contrôlent l’exploitation illégale des minerais du Lualaba et du Haut-Katanga

Kinshasa, 09 octobre 2025- Près de deux milliards de dollars disparaissent chaque année dans les circuits opaques de l’exploitation minière illégale. Derrière ces pertes colossales, des militaires seraient mobilisés pour protéger des réseaux clandestins, tandis que des proches du président Félix Tshisekedi sont cités dans plusieurs rapports confidentiels.

Dans les provinces du Haut-Katanga et du Lualaba, la situation prend les allures d’un scandale d’État. Des enquêtes récentes mettent en lumière un vaste mécanisme de prédation qui vide les caisses du pays et ternit l’image du secteur minier congolais.

Depuis plusieurs mois, ONG et lanceurs d’alerte multiplient les alertes. Au cœur des accusations : un système parallèle d’exploitation des minerais, notamment du cuivre et du cobalt, opérant sur des sites concédés légalement à des compagnies internationales, dont le géant kazakh Eurasian Resources Group (ERG).

Selon une enquête publiée par Africa Intelligence, ERG perdrait près de 2 milliards de dollars par an, soit environ 150 millions de dollars mensuels, en raison de vols massifs opérés par des groupes bénéficiant d’une protection militaire. Le rapport interne du groupe évoque la complicité présumée de certains éléments de la Garde républicaine, unité pourtant chargée d’assurer la sécurité du chef de l’État.

Lire aussi :   Bukavu : les étudiants face à un phénomène inquiétant d’abandons forcés

Des témoins locaux rapportent qu’à Kolwezi, Fungurume, Lubudi ou encore Kambove, des détachements armés auraient empêché des missions venues de Kinshasa de mener leurs inspections. Ces soldats, selon plusieurs sources, sécuriseraient les activités de réseaux miniers illégaux opérant parfois sous la couverture de personnalités proches du pouvoir.

La militarisation des zones minières a profondément bouleversé l’économie locale : les sites officiels se transforment en zones grises, où règnent la peur, la corruption et l’arbitraire. Des ONG locales parlent de “mafias en uniforme”, accusées d’intimider les journalistes, d’expulser les exploitants légaux et d’étouffer toute contestation communautaire.

Des proches du président dans la tourmente

Le rapport d’ERG, resté confidentiel mais partiellement révélé par Africa Intelligence, cite plusieurs membres de la famille présidentielle, dont Christian Tshisekedi et Thierry Tshisekedi, soupçonnés d’avoir joué un rôle dans ces circuits d’extraction illicite. Des documents internes indiquent qu’ils auraient approché ERG afin d’obtenir un contrôle sur certaines concessions, une démarche perçue comme une tentative d’ingérence dans la gestion des actifs du groupe.

D’autres entreprises minières étrangères affirment également avoir été confrontées à des pressions ou à des interventions irrégulières de personnalités liées à la présidence.

Lire aussi :   Kisangani: les FARDC déjouent une attaque par drones du M23 contre l’aéroport international de Bangboka

Par ailleurs, une plainte déposée en Belgique vise neuf proches du président, accusés de corruption, détournement de fonds publics et exploitation illégale de minerais. La liste comprendrait des membres directs de la famille Tshisekedi ainsi que la Première dame, mentionnée dans des contrats de sous-traitance controversés.

Un enjeu mondial autour du cobalt congolais

Dans un contexte de transition énergétique, où le cobalt, le cuivre et bientôt le lithium congolais sont devenus stratégiques pour les technologies vertes, ces accusations résonnent bien au-delà des frontières nationales.
La question de l’exploitation illégale des ressources de la RDC interpelle désormais toute la chaîne mondiale de production des batteries et véhicules électriques.

Si ces révélations se confirment, la République Démocratique du Congo risquerait d’incarner une nouvelle fois la “malédiction des ressources” : un pays immensément riche, mais où les minerais nourrissent la corruption et l’instabilité plutôt que le développement.

Pendant ce temps, dans les localités minières de Likasi, Lubudi ou Fungurume, les populations continuent de vivre dans la pauvreté, dénonçant la spoliation de leurs terres, la pollution des rivières et l’absence totale de redistribution des richesses extraites de leur sol.

Dans la même catégorie

AfricaForward2026 : la RDC plaide pour une réforme du Conseil de sécurité de l’ONU

Kinshasa, 13 mai 2026- La République démocratique du Congo a pris une part active à ces assises continentales à...

RDC–Ouganda : Tshisekedi et Museveni renforcent leur partenariat stratégique sur la sécurité et l’économie

Kinshasa,12 mai 2026-Félix Tshisekedi et Yoweri Museveni ont franchi une nouvelle étape dans la consolidation de leurs relations bilatérales...

RDC : TFM lance son recyclage annuel HSE 2026 pour renforcer la culture de sécurité

Kinshasa, 12 mai 2026- À travers cette campagne de formation obligatoire destinée à l’ensemble de ses employés, l’entreprise réaffirme...

RDC : les médias interdits de diffuser des publicités sans validation du CSAC

Kinshasa, 12 mai 2026- Les médias audiovisuels et les agences publicitaires opérant en République démocratique du Congo (RDC) sont...

Les plus lus

Goma : des chefs de quartiers envoyés de force à Chanzu par le M23 pour un formation militaire

Kinshasa, 7 mai 2026-Plusieurs chefs de quartiers de la ville de Goma ainsi que du territoire voisin de Nyiragongo...

Gestion des déchets miniers : une technologie de pointe présentée à Louis Watum Kabamba afin de réduire l’impact des...

Kinshasa, 4 mai 2026-Le Ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, a reçu, ce mardi 5 mai 2026 dans l’après-midi,...

Nyiragongo : contraints de danser pour les rebelles et ramper, des chefs coutumiers humiliés par le M23

Goma, 4 mai 2026- Des chefs coutumiers de la chefferie de Bukumu, dans le territoire de Nyiragongo, ont été...

Guerre à l’Est : Patrick Katengo demande à l’auditeur général de lancer un mandat d’arrêt international contre Kabila et...

Kinshasa, 2 mai 2026- Le président du Forum national de la jeunesse, Patrick Katengo Mafo, exige l’arrestation de Joseph...

RDC : fixé à 75 USD, le passeport coûte jusqu’à 350 dollars sur le terrain

Kinshasa, 26 Février 2026- Depuis la révision tarifaire décidée par le gouvernement, le passeport biométrique de la République démocratique...

En conférence de presse, Tshisekedi évoque sa dimension spirituelle

Kinshasa, 6 mai 2026. Lors de sa conférence de presse, le président de la République, Félix Tshisekedi, n’a pas...