Kinshasa, 25 juin 2025- Une impasse financière sans précédent freine les efforts de la mission d’enquête du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, chargée de documenter d’éventuels crimes de guerre en RDC. Dans une lettre adressée au Conseil, consultée par Reuters, le Haut-commissariat aux droits de l’homme (HCDH) tire la sonnette d’alarme. Sans financement adéquat, le mandat confié par la communauté internationale ne peut être mené à bien.
Cette crise budgétaire trouve son origine dans les retards de paiement de plusieurs États membres, combinés à la réduction drastique de l’aide américaine amorcée sous l’administration Trump. Sur le terrain, cette pénurie de fonds se traduit par une paralysie totale des opérations. Alors que les violences continuent de ravager l’Est du pays, les équipes de l’ONU restent clouées au sol, faute de ressources.
Pourtant, en février 2025, une résolution adoptée à Genève lors d’une session extraordinaire du Conseil des droits de l’homme avait marqué un tournant. Le texte annonçait la création d’une mission indépendante pour établir les faits et enquêter sur les graves violations des droits humains commises au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Mais quatre mois plus tard, le Haut-Commissaire Volker Türk l’admet : “Le financement nécessaire à la mise en œuvre de cette commission reste indisponible.”
En parallèle, les contributions volontaires à l’organisation ont connu une baisse estimée à 60 millions de dollars cette année. Lors d’une réunion informelle à Genève, Alex El Jundi, chef de l’Unité de soutien aux enquêtes du HCDH, a déploré l’inaction forcée de ses équipes : “Malgré des indices alarmants de massacres, de violences sexuelles à grande échelle et d’exécutions sommaires, nous ne disposons d’aucune ressource pour mener une enquête crédible.”
Un fonds d’urgence avait permis de débloquer une enveloppe exceptionnelle de 1,1 million de dollars pour initier la mission. Ce montant, désormais épuisé, reste très en deçà des 3,9 millions nécessaires à son fonctionnement complet. À ce rythme, la commission d’enquête ne pourrait démarrer ses travaux qu’en 2026, à moins d’un sursaut de financement.
Cette situation compromet gravement les perspectives de justice pour les victimes. Les commissions d’enquête de l’ONU jouent un rôle central dans la documentation des crimes internationaux et la transmission des preuves à la Cour pénale internationale (CPI). Leur immobilisation met à mal les mécanismes de responsabilisation et envoie un signal de faiblesse aux acteurs violents.
La résolution du 7 février, adoptée par consensus, exigeait aussi un arrêt immédiat des offensives du M23 et le retrait des troupes rwandaises de RDC. Elle portait l’espoir d’une réponse internationale forte face à l’intensification du conflit. Aujourd’hui, cet espoir s’amenuise, noyé dans les méandres d’un budget en ruine.
Alors que les violences se poursuivent dans l’Est du pays, les victimes attendent toujours qu’une justice internationale leur tende la main. Mais en l’absence de ressources, même les engagements les plus nobles risquent de rester lettre morte.
