Kinshasa, 04 août 2025- Les structures de la société civile engagées dans la défense des droits humains au Nord-Kivu ont fermement rejeté l’idée d’un État fédéral prônée par le mouvement rebelle AFC/M23. Dans une déclaration publiée le 1er août à Beni, elles ont qualifié cette proposition de « dangereuse et inacceptable » dans un contexte marqué par une insécurité persistante et l’occupation de territoires entiers par les rebelles.
Cette réaction intervient après la conférence de presse du 25 juillet 2025 animée par les dirigeants de l’AFC/M23. Ceux-ci y ont exprimé leur volonté de voir la RDC adopter un système fédéral au terme des discussions de Doha, tout en manifestant leur intention de continuer à gérer les zones sous leur emprise.
Pour les défenseurs des droits humains, cette posture s’inscrit dans une stratégie visant à « maintenir l’Est de la RDC en dehors du contrôle du gouvernement central et de la communauté internationale ». Ils y voient une « tentative évidente de balkanisation » et une volonté d’« annexer cette partie du pays au Rwanda ».
Les propos récemment tenus par Erasto Bahati, gouverneur de la zone occupée par l’AFC/M23, ont aussi été pointés du doigt. Il aurait invité les chefs locaux à inciter les jeunes à rejoindre les rangs rebelles, tout en qualifiant les pourparlers de Doha « d’aventures stériles ».
Dans leur déclaration, les ONDH ont évoqué plusieurs cas de violations graves des droits humains. Entre le 12 et le 15 juillet 2025, des affrontements dans les groupements de Binza et Busanza auraient causé la mort de nombreux civils, certains tués dans leurs champs, d’autres portés disparus ou retrouvés noyés dans la rivière Rutshuru.
Le 27 juillet, une opération de bouclage à Mujoga, dans le groupement Kibati, aurait abouti à l’enlèvement d’une trentaine d’hommes. Plusieurs cadavres auraient ensuite été retrouvés dans le parc national des Virunga. Le 31 juillet, plus de 250 jeunes auraient également été enrôlés de force à Rutshuru.
Les organisations dénoncent le caractère opportuniste du débat sur le fédéralisme, estimant que la décentralisation prévue par la Constitution congolaise constitue une solution adaptée aux besoins de gouvernance locale. Elles appellent à son application effective par les autorités nationales, plutôt qu’à une refonte de la forme de l’État.
Enfin, elles interpellent les garants de l’accord de Washington du 27 juin 2025, notamment les États-Unis, pour qu’ils exercent une pression accrue sur le Rwanda et l’AFC/M23. « Les populations sous emprise rebelle sont des victimes quotidiennes de crimes atroces. La beauté d’un accord réside dans son application, pas seulement dans sa signature », rappelle le document.
