Lubumbashi, 11 août 2026-Le dossier du marché Mzée Laurent-Désiré Kabila, anciennement appelé Lusonga, soulève de nombreuses interrogations à Lubumbashi. Alors que le gouvernement provincial maintient sa décision de faire partir les vendeuses et vendeurs avant le 20 août afin de permettre la modernisation du marché, une question s’impose : pourquoi une telle urgence autour de ce marché alors que la province fait face à de nombreuses autres priorités ?
Une modernisation nécessaire, mais pourquoi dans l’urgence ?
La question mérite d’être posée, non pas pour contester le principe de la modernisation d’une infrastructure commerciale devenue vétuste et saturée, mais pour s’interroger sur la manière dont le projet est conduit et sur ses conséquences pour la population.
À Lubumbashi, le problème des espaces commerciaux disponibles est loin d’être résolu. Plusieurs marchés de la ville sont déjà fortement occupés.
Le marché de Kamalondo, cité parmi les sites devant accueillir temporairement certains vendeurs de Mzée, connaît lui-même des difficultés d’espace.
Dans d’autres marchés, les conditions d’accueil ne semblent pas davantage réunies pour absorber plusieurs milliers de commerçants supplémentaires.
Où vont réellement aller les vendeurs ?
Dès lors, une interrogation demeure : où ces vendeuses et vendeurs vont-ils réellement exercer leurs activités ? Et dans quelles conditions ?
Les autorités ont annoncé quatre marchés d’accueil, notamment le Marché du Peuple, le Marché des Plaines, Ruashi et Kamalondo, ainsi que d’autres marchés relevant des différentes entités municipales.
Mais la question de la capacité réelle de ces sites à accueillir les commerçants déplacés reste au cœur des préoccupations.
Une décision aux conséquences socioéconomiques importantes
Au-delà du déplacement physique, c’est toute une chaîne socioéconomique qui pourrait être affectée.
Des milliers de familles dépendent directement des activités commerciales exercées au marché Mzée.
Derrière chaque étal se trouvent des ménages, des fournisseurs, des transporteurs, des petits producteurs et d’autres acteurs dont les revenus dépendent de la vitalité de ce marché.
À l’approche de la rentrée scolaire, le déplacement des commerçants pourrait également avoir des conséquences sur les revenus de nombreuses familles qui comptent sur cette période pour couvrir les frais scolaires de leurs enfants.
L’autorité a-t-elle suffisamment anticipé les difficultés ?
L’autorité publique a évidemment le droit et même le devoir de moderniser les infrastructures urbaines. Mais cette responsabilité implique également d’anticiper les conséquences sociales de ses décisions.
La modernisation ne devrait-elle pas être accompagnée d’un véritable plan de relocalisation, construit avec les principaux concernés et adapté à la capacité réelle des marchés d’accueil ?
Pourquoi le marché Mzée est-il une telle priorité ?
Une autre question mérite d’être posée : pourquoi le marché Mzée constitue-t-il aujourd’hui une priorité aussi urgente dans une province confrontée à plusieurs défis en matière d’infrastructures, de voirie, d’assainissement, de transport et d’accès aux services de base ?
Cette interrogation ne signifie pas qu’il faille abandonner le projet. Elle appelle plutôt à davantage de transparence sur ses objectifs, son financement, son calendrier, ses bénéficiaires et les modalités concrètes de sa mise en œuvre.
Que cache réellement ce projet ?
Le contexte actuel, marqué par l’opposition des vendeurs et l’absence apparente de consensus sur leur relocalisation, nourrit naturellement les interrogations dans l’opinion.
Certains peuvent même se demander ce qui se cache derrière cette précipitation. Mais une telle question ne peut trouver de réponse sérieuse que dans la transparence des autorités et la publication des éléments précis du projet, plutôt que dans les suppositions.
Moderniser sans fragiliser la population
Le véritable enjeu est donc de savoir si la modernisation du marché Mzée sera pensée uniquement comme un projet immobilier ou comme un projet au service de la population.
Car moderniser un marché, ce n’est pas seulement démolir, reconstruire et inaugurer. C’est aussi protéger les activités économiques qui y vivent, garantir aux commerçants des espaces accessibles, préserver le pouvoir d’achat des consommateurs et éviter qu’une décision administrative ne transforme un projet de développement en nouvelle difficulté sociale.
Dans ce dossier, l’urgence devrait donc être double : moderniser les infrastructures, certes, mais aussi écouter, planifier et protéger ceux dont la vie économique dépend directement du marché Mzée.
