Kinshasa, 25 septembre 2026 – Le ministère de la Justice et le Service national veulent franchir une nouvelle étape dans la réforme du système pénitentiaire en RDC. Les deux institutions envisagent une coopération axée sur la réinsertion socioprofessionnelle des personnes condamnées, la formation professionnelle et l’amélioration de l’alimentation dans les établissements pénitentiaires.
La question a été au centre d’une séance de travail tenue jeudi 24 septembre à Kinshasa entre le ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, et le commandant du Service national, le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik.
Au cœur des discussions figure le concept de « prison-école », défendu par le ministre de la Justice et inspiré notamment de l’expérience de Kaniama-Kasese. L’idée consiste à faire de la période de détention, pour certaines catégories de condamnés et dans les limites prévues par la loi, une période d’apprentissage et d’acquisition de compétences professionnelles.
Les programmes envisagés pourraient porter sur l’agriculture, l’élevage, la construction et d’autres métiers, afin de préparer les personnes condamnées à leur retour dans la société.
Le ministère insiste toutefois sur un point : il ne s’agit pas de transférer les prérogatives de l’autorité judiciaire au Service national ni de créer un nouveau régime d’exécution des peines par voie administrative. Une analyse juridique préalable doit déterminer les catégories de personnes concernées et les modalités de leur éventuelle participation aux programmes.
La coopération envisagée comporte également un important volet agricole et pastoral. Les capacités de production du Service national pourraient être mises à contribution pour améliorer l’approvisionnement alimentaire des prisons.
Selon les données présentées lors de la rencontre, le Service national aurait produit environ 40 000 tonnes de maïs au cours de l’année et disposerait d’un cheptel de plus de 10 000 têtes de bétail. Une éventuelle fourniture de produits agricoles et d’élevage aux établissements pénitentiaires devra toutefois faire l’objet d’une étude technique, financière et juridique, notamment sur les questions de qualité, de traçabilité et de gestion des deniers publics.
Le modèle de Kaniama-Kasese, dans le Haut-Lomami, constitue l’une des références évoquées dans cette réflexion. Le centre du Service national y développe notamment des activités agricoles et des formations professionnelles. Selon l’ACP, plus de 8 300 jeunes y avaient déjà été formés au 31 juillet 2026, dans un dispositif présenté comme un outil de formation civique, patriotique et professionnelle.
Le ministère de la Justice souhaite ainsi examiner dans quelle mesure cette expérience pourrait contribuer à la rééducation et à la réinsertion des personnes condamnées.
Le projet n’en est toutefois qu’à la phase préparatoire. Une réunion technique doit réunir les équipes du ministère de la Justice et du Service national afin de définir une feuille de route commune.
Cette étape devra notamment préciser les bénéficiaires potentiels, les responsabilités de chaque institution, les mécanismes de suivi et d’évaluation ainsi que les conditions juridiques et financières d’une éventuelle coopération.
À terme, l’ambition affichée est de faire de la réinsertion professionnelle un volet concret de l’exécution de certaines peines, tout en améliorant les conditions de vie dans les établissements pénitentiaires.
