Lubumbashi, 2 novembre 2026- Maître Hubert Tshiswaka Masoka avocat et défenseur des droits humains, tire la sonnette d’alarme sur l’ampleur de la mafia minière à Kolwezi, dans la province du Lualaba. Dans une libre opinion publiée ce lundi, il dénonce un système d’exploitation clandestine marqué par des complicités présumées au sein des services de sécurité, la présence de groupes armés dans les sites miniers et une succession de drames humains.
L’avocat s’appuie notamment sur la saisie de plus de 500 engins dans plusieurs concessions minières, dont celles de Boss Mining, Metalkol et Comus, rapportée par la presse nationale le 31 octobre. Les investigations orienteraient également les soupçons vers certains officiels. Plusieurs dizaines de ressortissants étrangers suspectés d’exploitation clandestine ont été interpellés et remis à la justice locale.
Une enquête de l’ONG Justicia Asbl, publiée le 29 octobre, fait par ailleurs état de près de 5 000 hommes en uniforme, issus des FARDC, de la Police nationale congolaise et de la Garde républicaine, impliqués dans ces activités minières illégales.
Maître Tshiswaka Masoka Hubert décrit également une exploitation artisanale de plus en plus militarisée. Des groupes de creuseurs organisés en milices, notamment les « Mukomeya Faux », « Tigre Chauds », « B52 » et « Club 7 », s’affrontent régulièrement pour le contrôle des puits, provoquant des pertes en vies humaines parmi les civils et les agents de sécurité.
À cette insécurité s’ajoutent les accidents meurtriers dans les sites miniers. Plus de 47 personnes ont péri dans des éboulements à Mulondo/Kalondo en novembre 2025, tandis que 12 autres sont mortes dans la mine de Tilwezembe en février 2026. En octobre dernier, cinq personnes ont également perdu la vie par asphyxie dans le quartier Kasulo-Rail.
Les opérations de démantèlement des circuits clandestins et des comptoirs illégaux, menées en octobre 2026, ont également provoqué de violentes manifestations de creuseurs artisanaux. Ces troubles ont fait au moins un mort et une vingtaine de blessés.
Des camions transportant des minerais et des véhicules privés ont été caillassés ou incendiés sur l’avenue Crête et la route nationale 39. Des bureaux de la Police nationale congolaise ont aussi été saccagés à Tshiamanzaka, tandis que plusieurs commerces ont été pillés dans les quartiers Luilu, Kasulo, UCK et Kanina.
Face à cette situation, l’avocat estime que le Lualaba se trouve à la croisée des chemins, entre la militarisation des sites miniers et la détresse sociale des creuseurs artisanaux. Il appelle à accompagner l’assainissement du secteur minier par la mise en place d’alternatives légales et sécurisées pour les milliers de Congolais qui dépendent de cette activité.
Pour lui, tant que les réseaux de criminalité minière bénéficieront de complicités présumées au sein des institutions chargées de faire respecter la loi, le pillage des ressources du Lualaba et les tragédies humaines risquent de se poursuivre.
