Kinshasa, 02 octobre 2025- Le Conseil présidentiel de veille stratégique (CPVS) a rendu public mercredi 1er octobre un rapport accusant l’ancien ministre des Finances, Nicolas Kazadi, d’avoir orchestré une contractualisation irrégulière dans le cadre du projet de construction de 1 000 maisons préfabriquées à Mukilango. Selon le CPVS, cette gestion a entraîné un retard de trois ans et un gaspillage de 57 millions USD, alors que les logements étaient destinés à reloger les sinistrés de Matadi-Kibala, victimes des pluies diluviennes de décembre 2022.
Le rapport indique que la responsabilité de Nicolas Kazadi est manifeste, car il a supervisé la sélection de l’entreprise turque MILVEST, attributaire du contrat, permettant à cette dernière d’accaparer des fonds publics sans produire de résultats tangibles. La mission de suivi du CPVS souligne que le choix de MILVEST a été fait via un marché de gré à gré, « sans l’aval de la Direction générale du contrôle des marchés publics (DGCMP) et sans approbation du Premier ministre ».
« Le processus de recrutement n’a pas été revu a priori par la DGCMP, et pire, le contrat n’a jamais été validé par le Premier ministre », dénonce le rapport, mettant en lumière un non-respect flagrant des procédures légales. Les documents contractuels confirment que le ministère des Finances, en lien avec les ministères de l’Urbanisme et Habitat et l’entreprise MILVEST, a orchestré cette contractualisation, empêchant la mise en place d’un cabinet de contrôle indépendant.
Le CPVS note également que deux avenants aux contrats, signés en septembre 2023, ont porté le coût du projet de 37,8 millions USD à 57,48 millions USD, « sans changement notable dans le volume ou la nature des travaux ». Cette augmentation, justifiée par la prise en charge des frais de gestion des structures gouvernementales, accentue l’impression d’une gestion opaque et dispendieuse, sous l’ombre de Nicolas Kazadi et de ses alliés.
François Mwamba, porte-parole du CPVS, dénonce une chaîne de complicité institutionnelle : « MILVEST a bénéficié d’un laxisme total de la part des autorités : ACOPRIM n’a rien supervisé, le FONHAB a fermé les yeux sur des factures fantômes, et la CT-PDU a été réduite à un rôle de spectatrice. » Le rapport recommande à l’Inspection générale des finances (IGF) d’ouvrir une enquête approfondie, de saisir les comptes de MILVEST et d’auditionner les responsables impliqués.
La mission du CPVS appelle également à la régularisation des procédures de passation des marchés et à une aide humanitaire d’urgence pour soulager les 750 ménages encore dans l’attente de relogement. Plus de deux ans après le lancement officiel en juillet 2023, aucune maison n’a été livrée et les travaux de routes et de ponts demeurent embryonnaires.
Ce projet avait été initié suite aux pluies de décembre 2022, ayant causé 168 décès et laissé 750 ménages sans abri à Matadi-Kibala. Le président Félix-Antoine Tshisekedi s’était engagé à reloger dignement les sinistrés sur le site de Mukilango, avec un délai initial de 7 mois pour la construction des 1 000 maisons préfabriquées.
Le CPVS conclut que l’opacité dans la gestion et l’absence de supervision indépendante ont compromis l’exécution du projet, entraînant un gaspillage massif de fonds publics et un retard considérable dans le relogement des populations sinistrées. L’organisme appelle à une action immédiate pour restaurer la crédibilité du chantier et protéger les droits des bénéficiaires.
